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Témoignage rendu à la Bible par le Coran





Chaque fois qu'un chrétien s'appuie sur un passage biblique pour justifier devant un musulman ce qu'il croit, il obtient de son interlocuteur invariablement la même réponse: "VOUS AVEZ MODIFIE VOTRE BIBLE". Pour fonder une accusation aussi grave, les musulmans se servent du mot harrafa ( ) et invoquent les versets du Coran où ce mot est employé. Le présent chapitre sera donc consacré à l'étude du témoignage rendu par le Coran à la Torah de Moïse, aux Psaumes de David (Zabur) et à l'Evangile (Injil) de Jésus.

1. Préambule
Mais une première question surgit: "Comment un non-musulman peut-il entreprendre une étude valable du Coran?" Je suis le premier à reconnaître le bien-fondé d'une telle question. En effet, pour comprendre un livre, il faut adopter, préalablement à son étude, une attitude qui soit en harmonie avec la vision du monde présentée par le livre en question. Mais puisque le Coran prétend lui-même être " un livre clair " , écrit en " claire langue arabe " ( ) qu'un Quraychite incroyant pouvait comprendre, nous allons aborder notre étude des textes du Coran comme nous le ferions pour un passage de la Bible.

Il nous faudra évoquer tous les versets qui ont un rapport avec le sujet traité, et les évoquer dans leurs contextes. Il arrivera que ce contexte se limite à un seul verset ou moins. Mais il se pourra aussi que nous ayons à examiner une page entière pour déterminer clairement le sens d'un mot ou d'une phrase.

Des auteurs musulmans ont découvert récemment le besoin de ce genre d'étude. Dans la préface de son livre God of justice(1) le Dr. Daud Rahbar écrit:

"Si nous voulons retracer correctement l'histoire de la théologie musulmane et bâtir un solide système d'exégèse coranique, il nous faut absolument savoir au préalable ce que représentait le Coran pour le Prophète et pour ceux qui l'entouraient, en tenant compte de leur cadre historique."

Il poursuit en affirmant que les commentateurs du Coran n'avaient pas rapproché et comparé les versets qui traitent d'un sujet donné, avant d'en fournir l'interprétation. Il prend l'exemple suivant, sans grande importance, de Al-Baidawi. Celui-ci, commentant l'expression "la terre et les cieux" explique que "terre est mentionnée en premier parce que tout mouvement pour s'élever, pour escalader, part d'en bas, c'est-à-dire de la terre". Le Dr. Rahbar ajoute: "Sur ce, je recherchai d'autres passages du Coran commentés par Baidawi et m'aperçus que souvent le mot cieux précédait celui de terre et qu'alors Baidawi ne tenait manifestement plus compte de ce qu'il avait écrit sur l'importance de l'ordre terre-cieux."(2)

Le Dr. Rahbar termine sa préface en déclarant être le premier musulman à avoir entrepris cette étude aussi systématiquement:

"Après tout, la liste exhaustive constitue bien la totalité des informations que nous possédions sur un sujet donné. De quel droit limiterions-nous les citations à quelques textes alors que trois cents autres traitent du même sujet? Je suis absolument certain de faire oeuvre pionnière dans ce domaine. La science musulmane est appelée à faire des progrès dans l'analyse ou dans la classification des textes avec leurs contextes présentés dans mon ouvrage, mais personne ne niera que ces collections exhaustives sont rassemblées ici pour la première fois."(3)

Pour la traduction française des passages du Coran, je me suis servi essentiellement de l'ouvrage Le Coran, traduit par Muhammad Hamidullah, et publié par le Club Français du Livre, 1959. J'ai opté pour cette traduction parce que le Dr. Bucaille et le Dr. Torki s'y réfèrent souvent. Par ailleurs une nouvelle édition bilingue (arabe-français) de cette version vient d'être publiée. Mais il existe encore une raison plus déterminante à mon choix; elle tient à la traduction elle-même. Car, comme l'exprime si bien Louis Massignon dans sa préface, "Hamidullah a essayé de préserver en français les tournures verbales abruptes et déconcertantes de la syntaxe arabe coranique."(4)

Malheureusement, ce grand souci de fidélité au texte arabe aboutit, dans quelques cas, à des tournures françaises difficilement compréhensibles. Je me suis alors référé à la traduction de D. Masson, éditée par Gallimard, 1967. Dans la préface de cet ouvrage, Jean Grosjean, un arabisant qui a, lui aussi, traduit le Coran, déclare:

"Et, bien qu'il (le Coran) défie parfois des auditeurs de rien produire de comparable, il répète souvent qu'il parle en claire langue arabe, qu'il est une explication flagrante. Il faut louer D. Masson d'avoir eu d'abord cette fidélité-là et de parler en claire langue française." (5)

Il est important de noter que cette traduction a été homologuée par l'Assemblée de la Recherche Islamique de l'Université al-Azhar, au Caire. Voir la photo de cette attestation dans une version bilingue publiée récemment par Dar Al-Kitab Al-Masri, B.P 156, Le Caire, Egypte.

Là où il m'a semblé que les traductions anglaises de Abdullah Yusuf Ali(6) ou de Muhammad Pickthall(7) étaient plus proche de l'original arabe, je m'y suis référé. J'ajoute, cependant que certains mots arabes inclus dans les versets cités sont si importants pour la discussion que j'ai préféré les traduire personnellement de façon plus littérale. Dans ce cas, je ne me suis pas soucié de l'élégance du style; ma préoccupation majeure était de permettre au lecteur non familiarisé avec l'arabe de pouvoir cependant suivre pleinement l'argumentation.

2. Liste des témoignages
Ces remarques préliminaires étant faites, je me propose de citer tous les textes qui rapportent le témoignage explicite du Coran rendu à la Bible.

A. Versets qui attestent que la Torah était authentique au temps de Jésus

Al. Marie (Maryam) 19.12, de la période mecquoise intermédiaire, an 7 avant l'Hégire.

Dieu dit: "O Jean (Yahya) prends le livre avec force! Et Nous lui apportâmes la sagesse, tout jeune qu'il était."

A2. La famille d'Amram (Al 'Imran) 3.48, an 2-3 de l'Hégire.

L'ange Gabriel annonce à Marie la naissance de Jésus et dit: "Et Lui (Dieu) enseigne le Livre de la sagesse et la Torah et l'Evangile."

A3. L'interdiction (Al-Tahrim) 66.12, an 7 de l'Hégire.

"De même Marie (la mère de Jésus)... avait traité de vraies les paroles de son Seigneur ainsi que Ses Livres."

A4. La famille d'Amram (Al 'Imran) 3.49-50, an 2-3 de l'Hégire.

Jésus dit : "Et me voici en tant que confirmateur de ce qui EST entre mes mains de la Torah, et pour vous rendre licite partie de ce qui vous était interdit."

A5. Le rang (Al-Saff) 61.6, an 3 de l'Hégire.

Et quand Jésus fils de Marie dit: "O enfants d'Israël! Je suis vraiment un messager de Dieu à vous, confirmateur de ce qui EST entre mes mains de la Torah."

A6. Le plateau servi (Al-Ma'ida) 5.46, an 10 de l'Hégire.

"Et Nous avons lancé sur leurs (celles de Moïse et des Juifs) traces Jésus fils de Marie en tant que confirmateur de ce qui est entre ses mains de la Torah. Et Nous lui avons donné l'Evangile - où il y a direction et lumière - en tant que confirmation de ce qui est entre ses mains de la Torah et en tant que guidée et exhortation pour les pieux."

A7. 5.113.

Et quand Dieu dira: "O Jésus fils de Marie! Rappelle-toi Mon bienfait sur toi et sur ta mère quand Je te fortifiai de l'esprit de sainteté! Au berceau tu parlais aux gens, puis comme homme ayant atteint l'âge mûr. Et quand Je t'enseignai le Livre de la sagesse et la Torah et l'Evangile!"

Nous pouvons résumer ainsi le contenu de ces versets dont le premier cité provient des révélations finales de l'an 10 de l'Hégire:

Jean-Baptiste (Yahya) reçut l'ordre de se saisir du "Livre" (A1); Marie, la mère de Jésus croyait dans les "Livres" de Dieu (A3) ; Dieu avait promis, dès avant la naissance de Jésus de lui enseigner la Torah (A2) ; Jésus affirma que son Evangile "confirmait la vérité de la Torah qui est entre ses mains" (A4, A5) ; Dieu confirme, du temps de Muhammad, qu'Il avait bien enseigné à Jésus la Torah (A6, A7). Nous en concluons qu'au siècle où vécut Jésus, la Torah était authentique et n'avait subi aucune altération.

Ajoutons que la Sourate l'Interdiction, évoquée en A3, et qui date de l'an 7 de l'Hégire, précise que " Marie estimait vrais Ses "Livres" ( ~ ) (ceux de Dieu); il ne peut s'agir que des livres donnés au peuple d'Israël par les Prophètes, au même titre que la Torah avait été donnée au peuple par Moïse.

B. Versets qui attestent qu'il y a eu de vrais chrétiens dans l'intervalle de temps qui sépare Jésus de Muhammad

B1. Le plateau servi (Al-Ma'ida) 5.110-111, de l'an 10 de l'Hégire.

Et quand Dieu dira: " O Jésus fils de Marie, rappelle-toi Mon bienfait sur toi... Et quand Je t'enseignerai le Livre et la sagesse et la Torah et l'Evangile... Et quand J'ai révélé aux apôtres ceci: Croyez en Moi et en Mon messager (Jésus ), ils lui (à Jésus) dirent: Nous croyons, et sois témoin qu'en vérité nous sommes des musulmans (des Soumis)."

B2. La famille d'Amram (Al 'Imran) 3.52-53, de l'an 2-3 de l'Hégire.

Puis, quand Jésus sentit de la mécréance de leur part, il dit: "Qui sont mes secoureurs en Dieu? Les apôtres dirent : Nous sommes les secoureurs de Dieu! Nous croyons en Dieu et sois témoin que certes nous sommes des musulmans (des Soumis).

Seigneur, nous avons cru en ce que Tu as fait descendre, et suivi le messager (Jésus)."

B3. Le rang (Al-S aff) 61.14, an 3 de l'Hégire.

O vous les croyants! Soyez les auxiliaires de Dieu, comme au temps où Jésus fils de Marie, dit aux apôtres : "Qui seront mes auxiliaires dans la Voie de Dieu? Les apôtres dirent: Nous sommes les auxiliaires de Dieu! Un groupe des fils d'Israël crut, un groupe fut incrédule. Nous avons soutenu contre leurs ennemis ceux qui croyaient et ils ont remporté la victoire." (Trad. D. Masson).

B4. Le fer (Al-Hadid) 57.26-27, an 8 de l'Hégire.

"Et très certainement, Nous avions envoyé Noé et Abraham, et assigné à leur descendance la fonction de prophète et le livre. Puis, tel en fut qui se guida, tandis que beaucoup d'autres furent pervers.

Sur leurs traces Nous avions fait suivre Nos messagers tout comme Nous avions fait suivre Jésus fils de Marie, tandis que Nous lui avions apporté l'Evangile, et mis au coeur de ceux qui le suivirent, douceur et mansuétude, ainsi que le monachisme qu'ils inventèrent - Nous ne leur avions rien prescrit... - Nous avions apporté leur salaire à ceux d'entre eux qui crurent. Beaucoup d'entre eux cependant furent pervers." Cf. 5.85.

Ce verset nous apprend une chose intéressante : bien que le monachisme ne venait pas de Dieu, il y eut d'authentiques croyants parmi ces disciples de Jésus, et ils reçurent " la récompense méritée" (dans le ciel).

Historiquement parlant, le monachisme débute au 4e siècle. Mais des hommes, tels que Paul de Thèbes, menaient déjà une vie d'ermite dès le 3e siècle. St-Antoine d'Egypte fut le premier à organiser de petits groupes d'anachorètes en 305. Le monachisme s'implanta aussi dans le Sinaï à la même époque.

B5. La grotte (Al-Kahf) 18.10-25, Sourate mecquoise:

Quand les jeunes gens se furent réfugiés vers la grotte, ils dirent: "O notre Seigneur apporte-nous de Ta part une miséricorde ; et arrange-nous une bonne conduite de notre affaire."

Or ils demeurèrent dans leur grotte trois cents ans, et en ajoutèrent neuf.

Yusuf Ali indique dans plusieurs notes de sa traduction du Coran que cet épisode pourrait désigner 7 jeunes chrétiens d'Ephèse qui trouvèrent refuge dans une caverne lors des persécutions et furent plongés dans un sommeil de trois siècles. Il propose des dates s'échelonnant entre 440 et 450 de 1'ère chrétienne comme époque marquant la fin de leur sommeil. Yusuf Ali ajoute que le calife Wathiq (842-846 ap.J-C.) avait envoyé une expédition pour examiner et identifier la localité.(8) Dans son commentaire du verset, Hamidullah ne fait qu'évoquer cette hypothèse mais pense qu' "il s'agit plutôt d'une époque bien antérieure au Christianisme".

B6. Les constellations (Al-Buruj) 85.4-9, de la période mecquoise primitive

"A mort les gens de l'Ukhdûd, du feu plein de combustible! Tandis qu'ils s'y trouvaient assis, témoins de ce qu'ils faisaient aux croyants a qui ils ne reprochaient que d'avoir cru en Dieu..."

Dans la note qui accompagne sa traduction, Hamidullah applique cet épisode à un roi juif du Yémen, du nom de Dhou Nuwas, qui persécuta des chrétiens au 6e siècle, livrant aux flammes ceux d'entre eux qui refusèrent de se convertir au judaïsme. Le calife Omar construisit au Yémen une grande mosquée pour honorer les martyrs chrétiens."(9) Yusuf Ali fait également état de cette explication possible.(10)

Des trois premières citations coraniques, retenons ceci : les disciples de Jésus furent "inspirés" par Dieu pour suivre le Messie (B1) ; ils acceptèrent d'être les "auxiliaires de Dieu" (B2, B3) ; ils furent les vainqueurs (B3). De plus, même lorsque le monachisme se développa (B4), c'est-à-dire au 4e siècle, il existait encore d'authentiques croyants.

Si Muhammad et ses contemporains de La Mecque appliquaient les événements évoqués en B5 et en B6 à un contexte chrétien, alors nous aurions un témoignage coranique en faveur de chrétiens véridiques, agréés par Dieu, à Ephèse (Turquie actuelle) en l'an 450 ap. J.-C., et au Yémen au 6e siècle, comme l'atteste le martyre rappelé ci-dessus.

Certes, on doit reconnaître que ces versets ne disent rien des doctrines professées par ces chrétiens. Mais on peut penser que des groupes de chrétiens disséminés dans une région comprise entre la Turquie et le Yémen ont dû laisser des copies des Ecritures et de leurs propres écrits - et certaines auraient pu nous parvenir. Si leurs Ecritures avaient été différentes de la Torah et de l'Evangile, tels que nous les possédons aujourd'hui, et dont des copies datant de l'an 350 ap. J.-C. sont conservées au British Museum et au Vatican, nous en aurions très certainement trouvé des traces.

C. Versets qui attestent que la Torah et l'Evangile n'avaient pas été altérés à l'époque de Muhammad

Cl. Saba (Saba) 34.31, Sourate mecquoise ancienne.

Et ceux qui mécroient disent: "Jamais nous ne croirons à ce Coran ni à ce qui EST entre ses mains (la Torah et l'Evangile)..."

Remarque: Les verbes qui sont employés au temps présent pour Muhammad et pour son peuple sont imprimés en lettres capitales. Les caractères italiques sont réservés pour les allusions faites à des groupes de juifs ou de chrétiens envisagés tantôt comme croyants, tantôt comme incrédules au temps de Muhammad. De leur existence ainsi bien attestée par le Coran on peut déduire qu'il y avait donc de vrais croyants qui n'ont certainement pas altéré leurs Ecritures.

C2. Le créateur ou les anges (Fatir) 35.31, Sourate mecquoise ancienne.

"Et ce que Nous te révélons du Livre, c'est cela la vérité, confirmation de ce qui EST entre ses mains (la Torah et l'Evangile)..."

C3. Jonas (Yunus) 10.37, Sourate mecquoise tardive.

"Ce Coran n'a pas été inventé par un autre Dieu. C'est la confirmation de ce qui EST (Torah et Evangile) entre ses mains; l'explication du Livre envoyé par le Seigneur des mondes et qui ne RENFERME ancun doute." (trad. D. Masson).

C4. Joseph (Yusuf) 12.111, Sourate mecquoise tardive.

"Ce (le Coran) n'est point là récit à être blasphémé, c'est au contraire la confirmation de ce (Torah et Evangile) qui EST entre ses mains l'exposé détaillé de toute chose une direction et une miséricorde pour un peuple qui croit."

C5. Les bestiaux (Al-An'am) 6.154-157, Sourate mecquoise tardive.

"Ensuite Nous avons donné à Moïse le Livre, - complément du bien qu'il avait fait et exposé détaillé de toute chose, et guidée et miséricorde; peut-être auraient-ils cru en la rencontre de leur Seigneur? Et voici (le Coran) un Livre béni que Nous avons fait descendre suivez-le donc et comportez-vous en piété. Peut-être vous sera-t-il fait miséricorde? - Afin que vous ne disiez pas : Oui, on n'a fait descendre le Livre que sur deux peuples d'avant nous, et nous étions bien dans l'ignorance de leur étude. Ou que vous disiez: Si c'était à nous qu'on eût fait descendre le Livre (Torah et Evangile) nous aurions certainement été mieux guidés qu'eux."

C6. Le croyant (Al-Mu'min) 40.69-70, Sourate mecquoise tardive.

"N'as-tu (Muhammad) pas vu ceux qui disputent sur les signes de Dieu? Comme ils se sont écartés! Ceux qui TRAITENT DE MENSONGE le livre et ce (Livre) avec quoi Nous avons envoyé Nos messagers? Et bien, ils vont savoir quand, des carcans à leurs cous et avec des chaînes ils seront entraînés."

C7. Al-Ahqaf 46.12, Sourate mecquoise tardive.

Et avant ceci, il y avait le Livre de Moïse, comme dirigeant et miséricorde. Ce Livre-ci cependant est un confirmateur en langue arabe, pour avertir ceux qui prévariquent, pour être aussi, bonne annonce aux bienfaisants."

C8. 46.29-30.

"Et quand Nous déployâmes vers toi une troupe de djinns qui prêtèrent l'oreille à la Lecture (le Coran)... Puis, quand elle fut finie, ils retournèrent à leur peuple en avertisseurs. Ils dirent: "Peuple ! Nous venons d'entendre en vérité un Livre qui a été descendu (révélé) après Moïse, confirmateur de ce qui EST entre ses mains (Torah). Il guide vers la vérité et vers un chemin droit."

C9. La vache (Al-Baqara) 2.91, an 2 de l'Hégire.

Et quand on leur dit : "Croyez à ce que Dieu fait descendre, il disent : Nous croyons à ce qu'on nous a fait descendre à nous (la Torah). Et ils mécroient le reste, cela même qui est vérité confirme ce (la vérité) qui EST AVEC EUX (la Torah)..."

Cl0. La famille d'Amram (Al'Imran) 3.3, an 2-3 de l'Hégire.

"Il (Dieu) a peu à peu fait descendre sur toi le Livre, avec vérité en tant que confirmateur de ce (la vérité) qui EST entre ses mains (la Bible). Et il a fait descendre en bloc la Torah et l'Evangile."

C11. Les femmes (AI-Nisa') 4.162-163, an 5-6 de l'Hégire.

"Mais ceux d'entre eux (les juifs) qui sont bien enracinés dans la science ainsi que les croyants CROIENT en ce qu'on a fait descendre sur toi (Muhammad) et en ce qu'on a fait descendre avant toi... Oui, Nous t'avons fait révélation comme Nous avons fait révélation à Noé et aux prophètes après lui. Et Nous avons fait révélation à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus, à Jésus, à Job, à Jonas, à Aaron, à Salomon, et Nous avons donné le Psautier à David."

C12. Le repentir (Al-Tauba) 9.111, an 9 de l'Hégire.

"Oui, aux croyants le Paradis! Ainsi Dieu a-t-Il acheté leurs personnes et leurs biens: ils combattent dans le sentier de Dieu, puis ils tuent aussi bien qu'ils sont eux-mêmes tués. Promesse vraie qui, dans la Torah et l'Evangile et le Coran Lui incombe. Et qui, plus que Dieu, est à remplir son contrat?"

C13. Le plateau servi (Al-Ma'ida) 5.48, an 10 de l'Hégire.

"Et vers toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec vérité, en tant que confirmateur du Livre ( la Torah ) qui EST entre ses mains et en tant que son protecteur (~~).."

Dans ces versets nous sommes donc en présence d'un puissant témoignage rendu à la Torah et à l'Evangile qui apparaissent comme des Ecrits authentiques et concrètement présents à l'époque de Muhammad.

Le Coran affirme être un "confirmateur", en langue arabe, du Livre de Moïse (C7) devenu nécessaire du fait que les habitants de La Mecque ne pouvaient comprendre ce que "les deux peuples avant eux" avaient appris par "une étude assidue" ; ou qu'ils l'auraient mieux suivi (C5). En outre, il affirme être une explication de la Torah et de l'Evangile, ce "Livre qui ne RENFERME aucun doute" (C3), en même temps que son protecteur (C13).

Les mecquois déclarent: "Nous ne voulons pas croire au Coran ni en ce qui EST entre ses mains de la Torah et de l'Evangile (C1). Certains des juifs affirment ne vouloir croire qu'en ce qui leur a été révélé à eux, même si le Coran confirme la vérité de ce qui "EST AVEC EUX" (C9). Ceux qui REJETTENT (maintenant) le Coran et ce Livre que Nous avons envoyé avec nos messagers seront jugés (C6). Mais ceux d'entre les juifs qui sont enracinés dans la connaissance CROIENT en ce qui a été révélé à Muhammad et dans ce (la Torah) qui a été révélé avant lui (Cl1). Les djinns aussi croient à la fois dans le Coran et dans la Torah (C8).

Dans l'une des dernières Sourates révélées à Muhammad, celle du Repentir, il est explicitement déclaré : "La Promesse de Dieu EST vraie dans la Torah, dans l'Evangile et dans le Coran." (C12).

Revenons un instant sur l'expression entre ses mains (baina yadaihi ) qui est revenue maintes fois dans les textes coraniques mentionnés (C2, C3, C4, C8, ClO, C13, ainsi que précédemment en A5 et en A6). J'ai choisi de traduire cette expression arabe mot à mot, seul moyen de rendre le temps présent qui accompagne ces mots. L'expression revêt souvent un sens littéral "entre", ou "dans ses mains", mais c'est le plus souvent une tournure idiomatique pour signifier "en présence de", "en face de", "devant quelqu'un", "en sa possession" ou "à sa disposition". Ainsi la phrase arabe traduite littéralement "les mots sont entre vos mains" signifie en fait : "Vous avez la parole". De même : "aucune arme n'est entre ses mains" veut dire "il est désarmé". La Sourate 34.12 parle des "djinns qui travaillent entre les mains de Salomon". Yusuf Ali a traduit : "... travaillent en face de lui", mais, dans un note il explique: "les djinns travaillent sous ses yeux".

Ces versets donnent donc le sens général suivant: le Coran serait venu pour confirmer, attester et vérifier la Torah et l'Evangile qui sont maintenant "en sa présence" ou "devant ses yeux". Ils appuient le témoignage rendu par les versets des autres paragraphes de cette section : Muhammad admettait l'existence d'une Torah et d'un Evangile authentiques "sous ses yeux".

D. Versets qui attestent que Muhammad cite ou évoque effectivement la Torah et/ou l'Evangile

Dl. L'Etoile (Najm) 53.33-38, de la période mecquoise primitive

"Eh bien, le vois-tu (Muhammad) celui qui tourne le dos et donne peu et interrompt même? A-t-il près de lui science de l'invisible, pour qu'il voie? Ne lui a-t-on pas donné nouvelle de ce qui EST dans les feuilles de Moïse et d'Abraham, l'homme de devoir? Que nul porteur, en vérité, ne porte le port d'autrui..."

D2. Les Poètes (Al-Shu'ara') 26.192-197, de la période mecquoise intermédiaire.

" Oui, c'est là ce que le Seigneur des mondes a fait descendre; et avec cela est descendu l'Esprit fidèle, sur ton coeur, pour que tu sois du nombre des avertisseurs en claire langue arabe. Oui, et ceci EST déjà dans les Ecrits (Zubur) aux anciens. N'EST-ce pas pour eux un signe, que les savants des Enfants d'Israèl le RECONNAISSENT?"

D3. Ta-Ha 20.133, de l'an 7 pré-hégirien.

"Et ils (les mecquois) disent: "Pourquoi celui-ci ne nous apporte-t-il pas de son Seigneur un signe? La Preuve de ce qui EST dans les anciens Livres (~~ ) ne leur est-elle pas venue?"

D'après le commentaire de Baidawi sur ce verset, les mot "anciens livres" s'appliquent à "la Torah et à l'Evangile et à tous les livres divins".

D4. Les Prophètes (Al-Anbiya') 21.7, de la période mecquoise intermédiaire.

"Or Nous n'avons envoyé avant toi (Muhammad) que des hommes à qui Nous faisions révélation. DEMANDEZ donc aux gens du Rappel (les juifs et les chrétiens) si vous ne savez pas !"

D5. Les Prophètes (Al-Anbiya') 21.105, période mecquoise intermédiaire.

Et très certainement Nous avons écrit dans le Psautier, après le Rappel (donné à Moïse): "Oui, ils hériterons la terre, Mes esclaves, gens de bien" .

Il s'agit là d'une citation du Psaume 37.29: "Les Justes posséderont la terre et ils y demeureront à jamais". En rapprochant cette citation du verset 7 de la même Sourate, il apparaît clairement que, d'après le Coran, Dieu considère les Psaumes comme faisant encore autorité et comme vrais à l'époque de Muhammad.

D6. L'Ornement (Al-Zukhruf) 43.44-45, de la période mecquoise tardive.

"Oui ceci (le Coran) est un Rappel, certes, pour toi (Muhammad) ainsi que pour ton peuple. Et vous serez bientôt interrogés. Et DEMANDE à ceux de Nos messagers que Nous avons envoyés avant toi, si Nous avons désigné, en dehors du Trés Miséricordieux, des dieux à adorer?"

D'après Baidawi, Jelaleddin et Yusuf Ali, l'expression "demande à ceux de Nos messagers que Nous avons envoyés avant toi" signifie: "Interroge ceux qui ont été instruits par leurs écrits et enseignés de leurs doctrines ". Par conséquent, ces écrits et ces doctrines étaient accessibles à l'époque de Muhammad.

D7. Jonas (Yunus) 10.94, de la période mecquoise tardive.

"Et si tu (Muhammad) es en doute sur ce que Nous avons fait descendre vers toi, alors DEMANDE ceux qui dès avant toi LISENT le Livre..."

D8. Les Abeilles (Al-Nahl) 16.43, periode mecquoise tardive

"Nous n'avons envoyé avant toi (Muhammad) que des hommes à qui Nous avions fait révélation. DEMANDEZ donc aux gens du Rappel (les juifs et les chrétiens), - Si vous ne savez pas..."

D9. Le Voyage nocturne (Al-Isra') 17.101, an 1 pré-hégérique:

"Nous avons apporté à Moïse neuf signes manifestes, DEMANDE (O Muhammad) donc aux Enfants d'Israël ..."

D10. 17.107-108:

Dis: "Croyez (au Coran) ou ne croyez pas (O Mecquois). Ceux à qui science a été donnée avant cela, lorsqu'on le leur a récité, oui, tombent sur le menton, prosternés... Et cela les fait croître en humilité."

D11. Le Tonnerre (Al-Ra'd) 13.43, période mecquoise tardive:

Les incrédules disent: "Tu (Muhammad) n'es pas un envoyé ! Dis: Dieu suffit comme témoin entre moi et vous; et lui qui POSSEDE la science du Livre."

D12. Al-A'raf 7.156-157, période mecquoise tardive:

"Je prescrirai donc Ma miséricorde pour ceux qui pratiquent la piété et acquittent l'impôt, pour ceux aussi qui sont croyants en Nos signes, ceux-là qui suivent le messager, le prophète gentil qu'ils trouvent en toutes lettres CHEZ EUX dans la Torah et dans l'Evangile..."

D13. 7.159:

"Et dans le peuple de Moïse, Il est une communauté (UMMA), qui GUIDE avec le droit et qui, par là EXERCE la justice."

D14. 7.168-170:

"Nous les avons divisé, sur la terre, en communauté : Il y a parmi eux des justes et d'autres qui ne le sont pas. Nous les avons éprouvés par des biens et par des maux. Ils reviendront peut-être vers Nous .... L'alliance du Livre n'a-t-elle pas été contractée ? Elle les OBLIGE A NE DIRE sur Dieu que la vérité, puisqu'ils ont étudié le contenu de Livre... Pour ceux (juifs) qui S'ATTACHENT fermement au Livre; pour ceux qui s'acquittent de la prière. Nous ne laisserons certainement pas perdre la récompense de ceux qui s'amendent." (Trad. D.Masson).

D15. La vache (Al-Baqara) 2.113, an 2 de l'Hégire:

Et les juifs disent : "Les chrétiens ne sont pas dans le vrai !" . Et les chrétiens disent : "Les juifs ne sont pas dans le vrai ! Et pourtant ils LISENT le Livre. (Trad. D. Masson).

D16. La Famille d'Amram (Al 'Imran) 3.23, an 2-3 de l'Hégire:

"Ne les as-tu pas vus ceux à qui on avait donné une part du Livre, et qui ont été invités au Livre de Dieu (Torah) pour qu'il soit leur juge? Puis un groupe des leurs tourne le dos : des indifférents."

Les commentateurs appliquent ces versets à différents incidents, mais ils sont unanimes à penser que des juifs s'étaient adressés à Muhammad et avaient demandé son arbitrage. Muhammad leur ayant suggéré d'en référer à leurs Ecritures, ils refusèrent et s'en allèrent.

D17. 3.79:

Il ne conviendrait pas à un homme, à qui Dieu donne le Livre et la sagesse et la dignité de prophète, de dire ensuite aux gens : "Soyez des adorateurs en marge de Dieu !", mais "Soyez des vrais dévôts"* (rabbaniyin) du Seigneur, puisque vous ENSEIGNEZ le Livre et puisque vous ETUDIEZ.

* Au lieu de "dévôts"', D. Masson traduit : "maîtres"

D18. 3.93-94:

"Toute nourriture était licite aux enfants d'Israël, sauf celle qu'Israël lui-même s'interdit avant qu'on eut fait descendre la Torah. Dis: Venez donc avec la Torah, et RECITEZ-LA, Si vous êtes véridiques! Donc, quiconque, après cela, blasphème le mensonge contre Dieu... ce sont eux les prévaricateurs."

D19. Les Femmes (Al-Nisa') 4.60, an 5-6 de l'Hégire

"N'as-tu (Muhammad) pas vu ceux-là : qui en vérité prétendent croire à ce que Nous t'avons révélé, et qui a été révélé avant toi? Ils veulent s'en rapporter aux Taghout (idoles), bien qu'ils aient reçu l'ordre (dans la Torah) de ne pas croire en eux. Le démon veut les jeter dans un profond égarement." (Trad.D. Masson).

D20. La Victoire (Al-Fath) 48.29, an 6 de l'Hégire:

"Leur marque est sur leurs visages (ceux des croyants musulmans) la trace de prosternations. Voilà l'image qu'on DONNE d'eux dans la Torah. Et l'image que l'on DONNE d'eux dans l'Evangile, c'est celle de la semence qui sort sa pousse, puis Dieu l'affermit, puis elle s'épaissit, puis elle se dresse sur sa tige, à l'émerveillement des semeurs."

Ce texte semble être une allusion non voilée au paroles de Jésus rapportées dans Marc 4.26-28 : "Il dit encore: Il en est du royaume de Dieu comme d'un homme qui jette sa semence en terre qu'il dorme ou qu'il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu'il sache comment. La terre produit d'elle-même premièrement de l'herbe, puis l'épi, enfin le blé bien formé dans l'épi et dès que le fruit est mûr, on y met la faucille car la moisson est là."

D21. Le Plateau servi (Al-Ma'ida) 5.43, an 10 de l'Hégire

"Mais comment peuvent-ils (les juifs) te prendre pour juge: ils ont près d'eux la Torah où EST le jugement de Dieu."

D22. 5.45:

Et Nous y avons prescrit pour eux: "Vie pour vie, oeil pour oeil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Le talion aussi pour les blessures." Après, quiconque en FAIT charité, cela lui VAUT expiation. Et quiconque ne JUGE pas d'après ce que Dieu a fait descendre eh bien, les voilà les prévaricateurs.

Dans ce passage coranique, Dieu répète les paroles qu'il a données lui-même à Moïse dans la Torah. "Mais s'il y a un accident, tu donneras vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure." Exode 21.23-25.

Les juifs de Médine sont donc avertis : "Et quiconque ne JUGE pas d'après ce que Dieu a fait descendre (la Torah), eh bien voilà les prévaricateurs."

D23. 5.47, an 10 de l'Hégire

"Que les gens de l'Evangile JUGENT les hommes d'après ce que Dieu y a révélé. Les pervers sont ceux qui ne jugent pas les hommes d'après ce que Dieu a révélé."

D24. 5.65-68 :

"Oui, Si les gens du Livre croyaient et craignaient Dieu, Nous aurions effacé leurs mauvaises actions; Nous les aurions introduits dans les Jardins du Délice. S'ils avaient observé la Torah et I'Evangile et ce qui leur a été révélé par leur Seigneur, ils auraient certainement joui des biens du ciel et de ceux de la terre.

Il existe, parmi eux, des gens (Umma) modérés mais beaucoup d'entre eux font le mal".

Dis: "O gens du Livre Vous ne vous appuyez sur rien, tant que vous n OBSERVEZ pas la Torah, l'Evangile et ce qui vous a été révélé par votre Seigneur."

Les versets précédents témoignent d'une présence continue d'une authentique Torah et d'un authentique Evangile à l'époque de Muhammad et ces écrits étaient reconnus aussi bien par les musulmans que par les non-musulmans.

A La Mecque, un incrédule qui se détourne connaît ce qui EST dans les feuilles de Moïse et d'Abraham (Dl). Une preuve évidente leur a été fournie dans ce qui EST dans les Ecrits aux anciens (D3). Muhammad fait appel à "celui qui POSSEDE la science du Livre" (D11).

Certains textes affirment que l'annonce du Coran "EST (incluse) dans les Ecrits des anciens" et que "les savants des Enfants d'Israël le RECONNAISSENT (D2). Ceux à qui la connaissance avait été révélée avant CROIENT en lui (le Coran) (D10). Certains juifs sont des justes et "S'ATTACHENT fermement au Livre" (la Torah), mais d'autres refusent de reconnaître Muhammad bien qu'ils aient ETUDIE avec soin leur Livre (D14).

Juifs et chrétiens "LISENT le Livre" (D15) et "ENSEIGNENT le Livre" (D17).

Certains juifs sont des justes (D14) qui GUIDENT avec le droit et qui EXERCENT la justice (D13) ; parmi les juifs et les chrétiens, il existe des gens modérés (D24).

Les Mecquois sont exhortés à "DEMANDER aux gens du Rappel, s'ils ne le savent pas" (D4, D8) et à "DEMANDER à ceux des messagers que Dieu a envoyés" c'est-à-dire à interroger les gens instruits dans leurs écrits et dans leurs doctrines (D6).

Muhammad est invité à "DEMANDER à ceux qui LISENT le livre avant lui, s'il doutait" (D7), et à "DEMANDER aux enfants d'Israël" à propos des neuf signes évidents donnés à Moïse (D9).

Nous constatons encore par d'autres passages que Dieu répète certains commandements de la Torah, mettant en demeure les juifs de JUGER d'après ces commandements (D22) et qu'il fait une citation des Psaumes de David (D5). Il compare les croyants musulmans à ceux qui se prosternaient comme l'indique la Torah, et fait allusion à la parabole du semeur dans l'Evangile de Jésus pour illustrer la foi des croyants (D20).

Muhammad invite les juifs à apporter la Torah afin qu'elle soit leur JUGE (D16). Ailleurs, Muhammad les presse d'APPORTER la Torah et de la RECITER s'ils sont véridiques (D18).

Dieu demande à Muhammad pourquoi les juifs viennent le trouver lui, alors qu'ils ONT la Torah où EST le jugement de Dieu (D21); les chrétiens sont exhortés à JUGER d'après ce que Dieu a révélé dans l'Evangile (D23).

Dieu déclare que la Torah et l'Evangîle SONT CHEZ EUX (D12). Dans la dernière Sourate reçue par Muhammad, la Sourate du Plateau servi (Al Ma'ida ), de l'an 10 de l'Hégire, les juifs ainsi que les chrétiens sont mis en face du même reproche: Vous ne vous appuyez sur rien tant que vous n'OBSERVEZ pas la Torah et l'Evangile et tout ce qui vous a été révélé par votre Seigneur (D24).

Voici le hadith que rapporte à propos de ce passage (D24) Ibn Ishaq, l'un des commentateurs:

"Rafi, le fils de Haritha, et Salam Ibn Mashkum, ainsi que deux autres vinrent trouver Muhammad et lui dirent: "O Muhammad! N'as-tu pas affirmé être un disciple de la religion d'Abraham et de sa foi? Ne crois-tu pas en ce que nous avons la Torah et n'attestes-tu pas qu'elle tire vraiment son origine de Dieu?"

Il répondit : " Si ! Mais, en vérité, vous avez inventé de nouvelles doctrines et vous niez son contenu relatif à l'alliance que Dieu a conclue avec vous et vous cachez ce qu'il vous a été demandé de révéler à l'humanité. C'est pourquoi je me sépare de vos idées nouvelles."

Ils reprirent : " Quant à nous, nous nous en tenons à ce qui est entre nos mains, et nous suivons la vérité et la direction; nous ne croyons pas en toi et ne voulons pas te suivre".

Alors le Dieu grand et glorieux révéla : Dis : " O Gens du Livre ! Vous ne vous appuyez sur rien tant que vous n'observez pas la Torah, l'Evangile et tout ce qui vous a été révélé par votre Seigneur."(11)

Si ce hadith est vrai, alors il prouve que Muhammad croyait dans la Torah dont disposaient les juifs de Médine en l'an 10 de l'Hégire. Même s'il ne s'agit pas d'un hadith fort (voir chapitre 11, deuxième section), il n'en constitue pas moins un témoignage important en faveur de la connaissance qu'avaient les musulmans des deux premiers siècles de l'Hégire, de la Torah et de l'Evangile en Arabie.

Outre le hadith ci-dessus, nous disposons de 24 passages examinés dans ce paragraphe et de 13 autres examinés dans le précédent, soit 37 citations au total, qui attestent qu'il existait, du vivant de Muhammad, une Torah et un Evangile authentiques, accessibles aux habitants de La Mecque et de Médine.

Des musulmans peuvent bien prétendre que la Torah et l'Evangile authentiques répandus en Arabie étaient différents des Ecrits correspondants contemporains. Mais où sont passés cette Torah et cet Evangile authentiques? On peut supposer que des musulmans auraient conservé des livres d'une telle importance dans l'une des nombreuses bibliothèques islamiques répandues de par le monde, ne serait-ce que pour aider les juifs et les chrétiens à "observer la Torah et l'Evangile". Cela nous aurait permis, en outre, de comparer ces exemplaires avec ceux conservés par les juifs et par les chrétiens.

Mais il faut nous rendre à l'évidence il n'existe pas de tels écrits. Aucun exemplaire de cette Torah prétendument différente n'a été conservée par les musulmans. Il n'existe qu'une seule Torah au monde et elle EST entre les mains des juifs et des chrétiens, de même qu'il n'existe qu'un seul Evangile au monde, et il EST entre les mains des chrétiens.

E. Les versets qui attestent que la Torah et/ou l'Evangile sont bons, mais ces versets ne précisent pas clairement leur époque

En introduction à ce chapitre j'avais déclaré qu'une étude sérieuse d'un sujet imposait que tous les versets et toutes les données concernant ce sujet soient cités. Quelque 55 autres passages coraniques mentionnent la Torah et l'Evangile, mais comme aucun d'eux ne confirme ou n'infirme l'existence de ces livres à l'époque de Muhammad, je me contente de ne donner que la liste complète de ces références.

Voici la liste des références

74.31; 87.18; 25.35; 35.25; 34.23-24; 54.43; 37.114-117; 19.28-29; 21.48; 29.27; 29.46-47; 32.23; 40.53-55; 41.45; 42.15; 45.16-17; 45.28-29; 46.10; 11.16-17; 28.43; 28.48-49; 28.52-53; 23.49; 13.36; 17.2; 17.4-7; 17.55; 6.20; 6.114; 6.124; 98.1; 2.1-5; 2.53; 2.87; 2.121; 2.136; 2.144-145; 2.176; 2.213; 2.285; 3.65; 3.81; 3.84; 3.99; 3.119; 3.183-184; 3.187; 62.5; 4.51; 4.54; 4.131; 4.136; 4.150-153; 4.171; 57.25; 5.62; 5.85-86.

Le lecteur peut, s'il le désire, examiner ces passages et les discuter s'il estime que l'un ou la totalité de ces textes modifient mes conclusions.

F. Versets qui attestent les divergences et les luttes entre chrétiens

Fl. La Consultation (Al-Shura) 42.13-14, période mecquoise tardive:

"Il vous a tracé, en matière de religion, le chemin qu'il avait enjoint à Noé, et ce que Nous te révélons ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham et à Moïse et à Jésus, C'est ceci .. "Etablissez la religion ; et n'y divergez pas ( ~ ~ )." ... Ils ont divergé, par rebellion entre eux, qu'après que science leur fut venue. Et si une parole de la part de ton Seigneur n'eût pas pris les devants jusqu'à un terme dénommé, tout aurait été décidé entre eux ! Oui, et ceux à que le Livre a été donné en héritage après ces gens-là sont à son sujet dans un doute qui mène à l'incertitude !"

F2. La Preuve (Al-Baiyina) 98.14, période primitive à Médine:

"Et ceux à qui le Livre a été donné ne se sont divisés ( ~ ) qu'après que la preuve leur fut venue."

F3. La Vache (Al-Baqara) 2.253, an 2 de l'Hégire:

"A Jésus fils de Marie, Nous avons apporté les preuves et l'avons fortifié par l'esprit de sainteté. Et si Dieu avait voulu, les gens qui vinrent après eux ne se seraient pas entre-tués, après que les preuves leur furent venues mais ils se mirent à disputer ( ~ ): certains parmi eux ont cru et d'autres furent incrédules."

F4. La Famille d'Amram (Al 'Imran) 3.19, an 2-3 de l'Hégire:

"Ceux à qui le Livre a été apporté ne se sont disputés (~ ), rebellés les uns contre les autres, qu'après que science leur fut venue."

F5. Le Plateau servi (Al Ma'ida) 5.14-15, an iOde l'Hégire

Parmi ceux qui disent: " Nous sommes chrétiens, nous avons accepté l'alliance", certains ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé. Nous avons suscité entre eux l'hostilité et la haine, jusqu'au Jour de la résurrection... Dieu leur montrera bientôt ce qu'ils ont fait.

O gens du Livre! Notre prophète est venu à nous. Il vous explique une grande partie du Livre que vous cachiez. Il en abroge une grande partie. " (Trad. D. Masson)

Ces passages nous apprennent que les chrétiens se divisèrent (Fl, F2) à cause de la jalousie et de la haine (F2, F4), qu'ils eurent des différends (F3, F4); aussi Dieu suscita-t-il l'hostilité et la haine entre eux (FS); jusqu'à s'entre-tuer (F3).

Il nous est encore dit qu'ils oublièrent une partie de leur Livre et de leur alliance (F5), qu'ils en cachèrent une grande partie (F5) et qu'ils sont dans un doute qui mène à l'incertitude (F1).

Pourtant, comme nous l'avons déjà constaté dans le paragraphe B, il nous est dit ici que "certains crurent " (F3).

L'histoire chrétienne et profane confirme l'existence des divergences et des combats sanglants entre chrétiens. L'Eglise Copte d'Egypte fut déclarée hérétique par les Eglises Romaine et Byzantine. Pourtant elles s'appuyaient toutes deux sur la même Bible ; il en est d'ailleurs de même entre les chiites et les sunnites, qui, bien qu'étant tous deux des mouvements musulmans et possédant le même Coran, ne s'en sont pas moins violemment combattus.

Aucun des passages relevés n'accuse des chrétiens incrédules d'avoir altéré leur Bible ; beaucoup moins encore peut-on penser que les chrétiens fidèles aient osé le faire!

G. Versets qui attestent que les juifs refusèrent le Coran, tentèrent de le changer ou cachèrent des versets de leur propre Torah et rejetèrent sa signification

Gl. Les Bestiaux (Al-An'am) 6.89-92, période mecquoise tardive:

"C'est à eux (les prophètes de Noé à Jésus énumérés dans les versets 84 à 86) que Nous avons apporté le Livre et la sagesse et la fonction de prophète. Si ces autres-là n'y croient pas, c'est certainement que Nous confions ces choses à des gens qui n'en sont pas mécréants. Ils ne mesurent pas Dieu à sa vraie mesure quand ils disent: Dieu n'a rien fait descendre sur un humain ! Dis: "Qui a fait descendre le Livre que Moïse a apporté à titre de lumière et de guide pour les gens, que vous mettez en pages pour les montrer, mais dont vous cachez beaucoup et par lequel vous avez été instruits de ce que vous ne saviez pas non plus que vos ancêtres? "... Voici un Livre que Nous avons fait descendre, béni, confirmant ce qui EST entre ses mains (la Torah) - afin que tu avertisses la Mère des Cités et les gens tout autour."

G2. Houd (Hud) 11.110, période mecquoise tardive:

"Et très certainement Nous avions donné à Moïse le Livre. Puis on y divergea. Et, n'était qu'une parole de la part de ton Dieu eût pris les devants, tout aurait été décidé entre eux Oui, ils sont à son sujet, en un doute qui mène à l'incertitude." (Même idée en 10.93)

G3. La vache (Al-Baqara) 2.85, an 2 de l'Hégire:

"Croyez-vous donc à une certaine partie du Livre et restez-vous incrédules à l'égard d'une autre ! Quelle sera la rétribution de celui d'entre vous qui agit ainsi, sinon d'être humilié durant la vie de ce monde et d'être refoulé vers le châtiment le plus dur, le Jour de la Résurrection?" (Trad. D. Masson)

G4. 2.89-90

"Lorsqu'un Livre venant de Dieu, et confirmant ce qu'ils ONT AVEC EUX (la Torah) leur est parvenu... ils n'y crurent pas... Combien est exécrable ce contre quoi ils ont troqué leurs âmes! " (Trad. D. Masson)

G5. 2.97,101:

"C'est lui (Gabriel) qui a fait descendre sur ton coeur avec la permission de Dieu le Livre qui confirme ce qui EST entre ses mains (la Torah)... Lorsqu'un prophète envoyé par Dieu est venu à eux, confirmant ce qu'ils ONT AVEC EUX (la Torah), plusieurs (fariq ) de ceux auxquels le Livre avait été donné rejetèrent derrière leur dos le Livre de Dieu comme s'ils ne savaient rien (de ce qu'il contenait)."

G6. 2.140:

"Diront-ils : 'Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les tribus, étaient-ils vraiment juifs ou chrétiens?' Dis : 'Est-ce vous, ou bien Dieu, qui êtes les plus savants?' Qui est plus injuste que celui qui cache un témoignage qu'il A de Dieu? "(Trad. D. Masson)

G7. 2.146:

" Ceux à qui Nous avons donné le Livre le reconnaissent comme ils reconnaissent leurs enfants. Oui, or partie d'entre eux cachent la vérité alors qu'ils SAVENT!"

G8. 2.159:

"Ceux (d'entre les juifs) qui cachent les Signes manifestes et la direction que Nous avons révélés depuis que Nous les avons fait connaître aux hommes au moyen du Livre: voilà ceux que Dieu maudit." (Trad. D. Masson)

G9. 2.174:

"Ceux qui cachent ce que Dieu a fait descendre du fait du Livre et le vendent à vil prix, ceux-là ne s'emplissent le ventre que de Feu."

G10. La Famille d'Amram (Al 'Imran) 3.69-71, an 2-3 de l'Hégire:

"Une partie (Ta'ifa, ~ ) des gens du Livre aurait voulu vous égarer: ils n'égarent qu'eux-mêmes et ils n'en n'ont pas conscience.

O gens du Livre ! Pourquoi êtes-vous incrédules envers les signes de Dieu, alors que vous en êtes témoins?

O gens du Livre ! Pourquoi dissimulez-vous la Vérité sous le mensonge? Pourquoi cachez-vous la vérité, alors que vous SAVEZ?" (Trad. D. Masson)

G11. 3.75:

"Certains parmi les gens du Livre te rendront le quintar que tu leur as confié. D'autres ne te rendent le dinar que tu leur as confié que si tu les harcèles." (Trad. D. Masson)

G12. 3.199:

"Oui, il y en a parmi les gens du Livre qui certes croient en Dieu et en ce qu'on a fait descendre vers vous et en ce qu'on a fait descendre vers eux, humbles qu'ils sont devant Dieu et ne vendant point les signes de Dieu à vil prix. Voilà ceux dont le salaire est auprès de leur Seigneur. En vérité, Dieu est prompt de compter."

Ces versets font état de plusieurs accusations portées contre les juifs. Ils se sont écartés de la Torah et éprouvent un grand doute (G2). Ils écrivent leurs livres sur des feuilles séparées dont ils montrent certaines et cachent beaucoup, selon ce qu'ils veulent que les musulmans voient (G1).

Mais les plus graves accusations contre les juifs ont trait à leur attitude face au Coran. Ils refusent de croire au Coran (G3) et rejettent les signes de Dieu (G10). Ils vendent les signes de Dieu et leurs propres âmes pour un vil prix (G9, G12). Ils cachent la vérité - c'est-à-dire le témoignage rendu au Coran - dans leurs Ecritures (G6, G7, G9, GlO) et dissimulent la vérité concernant le Coran sous le mensonge (G10). Ils n'acceptent que la partie du Coran qui leur convient et rejettent le reste (G3) ; ils rejettent le Livre derrière leur dos (G5).

Cependant le Coran déclare qu'ils ont la Torah AVEC EUX (G4, G5) et rend témoignage à la vérité de la Torah qui est "entre leurs mains" (G1, G5). Les juifs ONT un témoignage de Dieu (G6) ; ils sont des "témoins" (G10); ils ONT la connaissance (G7, G10); ils LISENT le Livre.

Un autre verset qui résume le mieux ce jugement du Coran est tiré de la Sourate de la Vache (Al-Baqara) 2.40-44, datée de l'an 2 de l'Hégire. On lit

"O fils d'Israël... croyez à ce que J'ai révélé, confirmant ce qui EST AVEC VOUS (la Torah). Ne soyez pas les premiers à ne pas croire ; ne troquez pas mes signes à vil prix... Ne dissimulez pas la vérité en la revêtant du mensonge... Commanderez-vous aux hommes la bonté, alors que vous-mêmes, vous l'oubliez? Vous LISEZ le Livre."

Le Coran vient donc à l'appui de la vérité de la Torah qui est AVEC les juifs et qu'ils ETUDIENT. Les juifs incrédules attendent la bonté de la part des autres, mais ils oublient de la pratiquer eux-mêmes parce qu'ils mentent en rejetant le Coran et cachent, dans leurs Ecritures, la vérité le concernant.

Le Coran reconnaît aussi qu'une partie du peuple du Livre est parfaitement honnête (G 12), qu'elle croit en Dieu et que certains d'entre les juifs acceptent le Coran au même titre que la Torah.

Mais remarquons qu'aucun des versets évoqués ne contient le moindre reproche adressé par Dieu, accusant les juifs incrédules d'avoir modifié les mots de la Torah; et des juifs tels que Abdullah Ibn Salam et Mukhairiq qui ont accepté le message du Prophète et sont devenus musulmans n'auraient certainement pas apporté de changements à la Torah.

H. Versets qui parlent spécifiquement de Tahrif

Quatre versets du Coran reprochent aux juifs d'avoir modifié ou altéré (harrafa, ~ ) des mots et un autre les accuse de déformer la lecture par une gymnastique de leurs langues. Examinons ces versets dans leur contexte global. Souvenons-nous cependant que les quelques 50 ou 60 citations coraniques représentent déjà un contexte élargi de ces versets - dans le cadre plus général du Coran tout entier.

H1. La Famille d'Amram (Al 'Imran) 3.78, an 2-3 de l'Hégire:

"Oui, et il y en a parmi eux (le peuple du Livre) qui roulent leurs langues avec une Prescription ( ~ ~ ) pour vous faire croire qu'elle est du Livre, alors qu'elle n'est point du livre; et ils disent : 'Elle vient de Dieu', alors qu'elle ne vient point de Dieu. Et ils disent le mensonge contre Dieu. Alors qu'ils savent!"

Ce verset accuse ouvertement les juifs de déformer les mots au cours de leur lecture. Ils le font pour faire croire à leur auditeurs qu'il s'agit d'autres mots de la Torah et, par conséquent, de Dieu. Le verset coranique déjoue la ruse en affirmant : "il ne vient pas du Livre, et il n'est pas de Dieu".

H2. Le Plateau servi (Al-Ma'ida) 5.13-14, an 10 de l'Hégire

"Et Dieu, très certainement, prit l'engagement des enfants d'Israël. Et Nous suscitâmes d'entre eux douze chefs...

Et puis à cause de leur violation de l'engagement, Nous les avons maudits et endurci leurs coeurs: ils détournent le mot de ses sens (~ ~ ~ ) et oublient une partie de ce par quoi on les a rappelés. Tu ne cesseras pas d'entrevoir de la trahison de leur part sauf d'un petit nombre d'entre eux, Pardonne-leur donc et passe. Oui Dieu aime les bienfaisants."

Les juifs incrédules, dont le coeur a été endurci parce qu'ils ont violé l'alliance, "ont détourné le mot de ses sens" , et oublient (à dessein) une partie de leur loi."

Pris isolément, ce verset pourrait signifier que les juifs découpaient au couteau des parties de leur Torah pour en changer des mots ou supprimer des passages entiers. Mais les sections D et E, ainsi que la référence H6, ont montré que le Coran considére la Torah comme "étant AVEC les juifs", comme "ETANT lue" par eux et comme "AYANT le commandement de Dieu" en elle.

C'est pourquoi il doit vouloir reprocher aux juifs de dissimuler certains versets et d'en lire d'autres hors de leur contexte, comme le confirme l'exemple bien connu du verset sur la lapidation. C'est ce qu'on appelle en arabe tahrif al-ma'nawi ( ~ ~ ) ou "modifier le sens".(12)

Mais il faut fortement souligner cette petite expression "sauf un petit nombre d'entre eux",. Ce témoignage atteste qu'il existait quelques juifs intègres qui croyaient, comme le confirme cette autre citation du Coran. Ces juifs n'auraient jamais consenti à modifier quoi que ce soit ni dans les mots ni dans la signification de leur Torah.

H3. La Famille d'Amram (Al 'Imran) 3.113-114, an 2-3 de l'Hégire

"Ils ne sont pas tous égaux. Il est, parmi les gens du Livre, une communauté droite ( ~ ~ ) qui, aux heures de la nuit, récite en se prosternant les versets de Dieu. Ils croient en Dieu et au Jour dernier, et ordonnent le convenable, et interdisent le blâmable, et concourent aux oeuvres bonnes. Ce sont des gens de bien..."

Dans les trois extraits coranique suivants, je crois que le Coran accuse certains juifs non de changer leur Torah, mais de modifier et de tordre le sens des paroles de Muhammad lorsqu'il récitait ou expliquait le Coran.

H4. La vache (Al-Baqara) 2.75-79, an 2 de l'Hégire

"Eh bien, espérez-vous que ceux-là (les juifs) deviennent croyants en votre faveur? Alors qu'un groupe (fariq, ~ ) des leurs s'est trouvé entendre la parole de Dieu, puis ils la corrompaient ( ~ ) après l'avoir comprise, - alors qu'ils savaient!

Et quand ils rencontrent des croyants, ils disent "Nous croyons" ,et une fois seuls entre eux ils disent "Allez-vous leur raconter ce que Dieu vous a découvert (dans la Torah)?" Pour qu'ils s'en fassent un argument contre vous devant votre Seigneur ! Ne comprenez-vous donc pas?

Ne savent-ils pas qu'en vérité Dieu sait ce qu'ils cachent et ce qu'ils divulgent? Et il y a parmi eux des illettrés qui ne savent du Livre que leurs désirs et ne font que conjectures.

Malheur, donc, à ceux qui de leurs mains écrivent le Livre puis disent: "C'est de la part de Dieu", pour le vendre à vil prix. Malheur à eux donc, à cause de ce que leurs mains ont écrit, et malheur à eux à cause de ce qu'ils acquièrent !"

"Un groupe de juifs" (et non la totalité) écoutent le lecture du Coran et disent aux musulmans: "Nous croyons". Puis ils "corrompent" sciemment les explications données par Muhammad et répondent comme le décrit d'une manière détaillée le passage suivant tiré de la Sourate des femmes. Mais en privé, ils s'adressent des reproches mutuels en disant: "Pourquoi leur dévoilez-vous ce qu'affirme la Torah? La prochaine fois, ils s'en serviront contre vous."

H5. Les Femmes (Al-Nisa') 4.44-47, an 5-6 de l'Hègire

"N'as-tu pas vu ceux-là à qui on a fait part du Livre acheter l'egarement et chercher à ce que vous vous égariez du chemin?

... Il en est parmi les judaïsés qui détournent les mots de ses sens (~) et disent: "Nous avions entendu, mais nous avons désobéi", ou : "Ecoute sans personne qui te fasse entendre", ou : "Favorise-nous", (Ra'ina), tordant la langue et attaquant la religion.

Si au contraire ils disaient : "Nous avons entendu et nous avons obéi", et "Ecoute" et "Regarde-nous" ce serait meilleur pour eux et plus droit. Mais Dieu les a maudits à cause de leur incrédulité donc, sauf un petit nombre, il ne croiront pas. O vous à qui on a donné le Livre, croyez en ce que Nous avons fait descendre (le Coran) en confirmation de ce qui EST AVEC NOUS (la Torah), avant que Nous effacions les visages..."

Comme dans le texte précédent, l'accusation est portée contre "ceux (certains) des juifs" qui "détournent le mot de ses sens"; mais les exemples donnés montrent bien qu'il s'agit des paroles de Muhammad. Yusuf Ali explique admirablement cette attitude dans sa note qui accompagne ce texte:

"Un artifice qu'utilisaient les juifs consistait à tordre le sens des mots et des expressions pour tourner en ridicule l'enseignement le plus solennel sur la religion. Alors qu'ils auraient dû dire : "Nous entendons et nous obéissons", ils affirmaient à voix haute: "Nous obéissons" et ajoutaient en murmurant: "Nous désobéissons" ; au lieu de déclarer avec le plus grand respect: "Nous entendons", ils ajoutaient à voix basse "ce qui ne s'entend pas" pour ironiser. Quand ils voulaient attirer l'attention du Maître, ils se servaient d'une formule ambiguë, apparemment innocente, mais en réalité intentionnellement irrespectueuse. Quand les arabes veulent dire "S'il te plaît, prête attention !", ils emploient avec un profond respect l'expression 'Ra'ina' qui signifie aussi "Regarde-nous". Avec une contorsion de leurs langues, ces juifs prononçaient quelque chose comme 'O toi qui nous mènes au pâturage !'"(13)

H6. Le Plateau servi (Al-Ma'ida) 5.41-48, an 10 de l'Hégire:

"O messager ! Que ne t'affligent pas ceux qui concourent en mécréance, de ceux dont la bouche dit: 'Nous croyons' alors que leurs coeurs ne croient point! Ni non plus ceux qui se sont judaïsés. Ce sont des espions qui n'écoutent que pour le mensonge, espions qui écoutent pour les autres qui ne viennent pas près de toi détournant ensuite le mot de ses sens ( ~ ~ ) ils disent: 'Si c'est ça qu'on vous a donné, alors recevez-le et si ce n'est pas ça qu'on vous a donné, alors prenez garde!'... S'ils viennent chez toi, donc, juge entre eux : ou laisse-les. Et si tu les laisses, jamais ils ne sauront en quoi que ce soit te nuire. Et si tu juges, alors juge entre eux à la balance. Oui Dieu aime ceux qui jugent à la balance. Mais comment peuvent-ils te prendre pour juge (Muhammad), - et ils ONT près d'eux la Torah où EST le jugement de Dieu -,et ensuite, après cela, tourner le dos? Ces gens-là ne sont pas croyants ! Oui, Nous avons fait descendre la Torah, où IL Y A guidée et lumière. Par elle jugent, parmi ceux qui sont judaïsés, les prophètes - ceux là sont les soumis - ainsi que les rabbins et les docteurs: par le Livre de Dieu dont on leur a confié la garde, et dont ils étaient les témoins. Ne craignez donc pas les gens, mais craignez-Moi. Et ne vendez pas Mes signes à vil prix. Et quiconque ne juge pas d'après ce que Dieu a fait descendre, eh bien, voilà les mécréants !

Et Nous y avons prescrit pour eux: vie pour vie, oeil pour oeil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Le talion aussi pour les blessures. Après, quiconque en FAIT charité, cela lui VAUT expiation. Et quiconque ne JUGE pas d'après ce que Dieu a fait descendre, eh bien, voilà les prévaricateurs.

Et nous avons lancé sur leurs traces Jésus fils de Marie, en tant que confirmateur de ce qui (la vérité) est entre les mains de la Torah. Et Nous lui avons donné l'Evangile, - où IL Y A guidée (direction) et lumière - en tant que confirmateur de ce (la vérité) qui était entre les mains de la Torah, et en tant que guidée et exhortation pour le pieux.

Que les gens de l'Evangile JUGENT d'après ce que Dieu y a fait descendre. Et quiconque ne juge pas d'après ce que Dieu a fait descendre, eh bien, voilà les pervers.

Et vers toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec vérité, en tant que confirmateur (de la vérité) du Livre qui est entre ses mains (en sa présence), et en tant que son protecteur. Juge donc parmi eux d'après ce que Dieu a fait descendre ; et ne suis pas leurs passions loin de la vérité qui t'est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une voie et un chemin.

Si Dieu avait voulu, certes Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais non. Afin de vous éprouver en ce qu'Il vous donne. Concurrencez-vous donc dans les bonnes oeuvres : vers Dieu est votre retour a tous..."

Ce passage décrit donc une situation identique. Certains "parmi les juifs (ou judaïsés)" qui prêtent l'oreille à tout mensonge - même aux citations de paroles de Muhammad par des gens qui ne l'ont jamais entendu - "changent le mot de ses sens" (litt. qui changent le mot de ses places, selon la note portée par Hamidullah dans la Sourate 4.46). Ils disent: "Si Muhammad vous affirme telle ou telle chose, acceptez-la. Sinon, prenez garde." Ce sont les explications de Muhammad qu'ils faussent ou qu'ils rejettent, et non leur Torah.

Cependant, même Si je commets une erreur d'interprétation, car ces trois derniers passages font aussi allusion aux juifs qui altèrent le sens de leurs propres Ecritures (al-tahrif al-ma'nawi), le contexte général des versets mentionnés permet de déduire les faits suivants:

1. Des juifs furent incrédules. Combien? Certains? Beaucoup? La plupart? Mais certains CROYAIENT en Dieu et désiraient accomplir sa volonté.

2. Le Coran atteste la vérité de la Torah qui EST AVEC EUX.

3. Le Coran prête à Dieu les paroles selon lesquelles les juifs "ONT la Torah qui contient le commandement de Dieu."

4. Le principe "vie pour vie, oeil pour oeil" est tiré de la Torah (Exode) comme un principe toujours valable d'après lequel les juifs doivent JUGER à moins qu'ils ne préfèrent FAIRE charité (ou pardonner la faute).

5. Le peuple de l'Evangile est invité à "JUGER d'après ce que Dieu y a révélé",

De ces textes - les seuls qui parlent de tahrif - nous concluons qu'à l'époque de Muhammad il y avait des juifs et des chrétiens intègres qui possédaient, lisaient et suivaient la Torah authentique et l'Evangile authentique.

3. Conclusion
Résumons ce que nous avons tiré de l'enseignement que donne le Coran sur la Torah, sur l'Evangile et sur le peuple du Livre, dans les divers groupes de versets coraniques.

Groupe A. La vraie Torah était connue de Jean-Baptiste (Yahya, de Marie, de Jésus et de ses disciples au 1ère siècle.

Groupe B. Le Coran atteste l'existence de vrais croyants chrétiens au moins jusqu'au début du monachisme, vers 300-350 ap. J.-C. On peut raisonnablement admettre que ces fidèles croyants n'ont pas altéré leur propre Evangile, autrement le Coran les désignerait de faux croyants.

Groupe C. Le Coran confirme la vérité des livres antérieurs qui sont "entre ses mains" c'est-à-dire "en sa présence" ou "sous ses yeux". Ces livres sont AVEC les mecquois, mais puisque ces derniers ne pouvaient pas comprendre les livres antérieurs, il fallut leur donner le Coran arabe.

Groupe D. D'après le Coran, Dieu lui-même, ou Muhammad à qui il l'ordonnait, en appelle à la Torah et à l'Evangile plus de vingt fois. Les Psaumes de David et la Torah sont mentionnés. Muhammad demande aux juifs d'apporter la Torah pour résoudre un différend. Les gens LISENT la Torah et l'Evangile qui sont AVEC EUX.

Groupe F. Les chrétiens se sont divisés et combattus mutuellement, et ils ont oublié une partie du Livre, mais aucun verset n'affirme qu'ils ont modifié ou corrompu le texte.

Groupes G et H. Certains des juifs sont coupables de al-tahrif al-ma'nawi parce qu'ils dissimulent des choses qui sont écrites dans leurs Livres et rejettent des passages qui ne leur conviennent pas. Ils rejettent le Coran, le revêtent de mensonge, vendent les signes de Dieu à vil prix, et sont doublement coupables de tahrif parce qu'ils transforment aussi les explications données par Muhammad. Mais rien, dans tout cela, n'indique que même ces juifs incrédules ont modifié le texte écrit de leur Torah ; de toute façon, les juifs croyants ne l'ont pas altérée et n'auraient pas toléré que d'autres le fassent.

Le Coran déclare lui-même dans la Sourate des Bestiaux (Al-An'am) 6.34 : "Et nul ne peut changer les paroles de Dieu", affirmation répétée dans la Sourate de Jonas (Yunus) 10.64: "Pas de modifications aux paroles de Dieu".

Notre étude du Coran aboutit donc à la seule conclusion possible: des exemplaires de la VRAIE TORAH et DU VERITABLE EVANGILE circulaient à La Mecque et à Médine à l'époque de Muhammad. De plus, puisque aucun musulman n'a jamais trouvé dans les bibliothèques islamiques une Torah différente ou un Evangile différent, et puisque aucune découverte archéologique n'a mis au jour une inscription gravée qui soit différente de celles de la Torah et de l'Evangile "qui SONT AVEC NOUS", je suis absolument convaincu que les livres qui circulaient à La Mecque du vivant de Muhammad étaient identiques A LA TORAH ET A L'EVANGILE QUE NOUS LISONS AUJOURD'HUI.


Le Hadith et la Sunna





Dans le chapitre précédent, nous avons examiné le témoignage rendu par le Coran à l'intégrité de la Torah-Ancien Testament et à l'Evangile-Nouveau Testament. Mais nous ne sommes pas au bout de nos recherches, car les musulmans puisent aussi leurs informations et leur doctrine à une autre source, celle du Hadith.

Le mot Hadith peut se traduire par "conversation" ou "récit" ou "propos" mais dans la théologie islamique ce terme désigne la narration des actes ou des propos du Prophète Muhammad, rapportée par ses Compagnons. Ces actions et ces paroles ont été ensuite rassemblées dans différents recueils, tels que le Hadith Qudsi, dans lequel c'est Dieu lui-même qui parle, et le Hadith Nabawi qui rapporte les mots et les habitudes ou pratiques (Sunna) de Muhammad.

A un certain moment, les mots sunna et hadith étaient pratiquement synonymes, mais peu à peu on a réservé au mot sunna un sens plus spécialement religieux. Outre qu'elles devaient être répétées pour l'édification spirituelle des croyants, les paroles et les pratiques de Muhammad étaient soigneusement codifiées et constituaient un précédent qui faisait jurisprudence. Ce code prit le nom de Sunna et devint la deuxième loi après le Coran. L'anecdote suivante aidera a saisir l'importance de la Sunna.

Je vivais en Tunisie depuis quelque temps déjà quand j'ai rencontré un Mu'addib. Le Mu'addib vient aider la famille d'un défunt en venant réciter des extraits du Coran sur la tombe du disparu. Celui que je rencontrai était pauvrement vêtu, mais il avait une connaissance étendue sur de nombreux sujets. Outre sa propre religion, il était en mesure de citer Abraham Lincoln et d'autres grands hommes de l'histoire.

Notre conversation tourna sur les questions religieuses. Il me déclara, à propos de l'Islam:

"Notre religion repose pour moitié sur le Coran et pour moitié sur le Hadith."

Voici d'ailleurs un autre fait qui souligne l'importance du Hadith pour les musulmans. 200.000 exemplaires du Coran et du Hadith d'Al-Bukhari viennent d'être imprimés en Uygur, une des langues parlées en Chine. On comprend qu'après tant d'années de persécutions infligées par le régime athée et les Gardes Rouges, les musulmans aient éprouvé le besoin de réimprimer le Coran, au même titre que les chrétiens chinois ont désiré réimprimer la Bible dans leur langue. Mais le fait d'avoir associé au Coran le Hadith est très significatif du rôle joué par ce dernier(1). (Al-Bukhari est, avec Muslim, l'un des musulmans les plus estimé parmi tous ceux qui ont rassemblé les traditions de Muhammad).

Au cours d'une conversation les musulmans citent les hadiths aussi souvent que le Coran pour soutenir la doctrine au centre de la discussion. "Le Coran révèle la doctrine fondamentale; le Hadith apporte les éclaircissements aux points obscurs du Coran et explicite ses décrets", me confia un ami.

L'éditeur du livre Quarante Hadiths de l'Imam Nawawi déclare dans sa préface: "Le Coran parole de Dieu révélée à Muhammad et les hadiths enseignements du Prophète sont les deux sources de l'Islam. La connaissance de cette religion ne saurait se passer de ces deux textes."(2)

C'est sans doute très poétique et très beau d'envisager le Hadith comme un texte, et tout croyant musulman trouvera de bonnes raisons de raisonner ainsi. Pourtant, considérer le Hadith comme un texte prête à confusion. En effet on pourrait penser que son contenu est bien délimité et que tout le monde est d'accord sur celui-ci. Malheureusement ce n'est pas le cas. Dès qu'on aborde la question des hadiths on soulève un débat de fond : quels sont les hadiths authentiques et quels sont ceux qui ne le sont pas?

Au cours des siècles d'innombrables anecdotes sur Muhammad se répandirent. On finit par se rendre compte que tous les hadiths n'étaient pas authentiques. Des études approfondies furent entreprises pour effectuer un tri et retrouver les collections de récits et de paroles les plus anciennes. A propos de la collection rassemblée par Bukhari, E.K. Ahamed Kutty, de l'Université de Calicut aux Indes déclare:

"Il (Bukhari) prit en considération 600 000 traditions dont il n'en retint que 7397 ou, selon d'autres spécialistes, 7 295. Une même tradition est souvent reprise dans plusieurs chapitres. Si on élimine les répétitions, on réduit le nombre de hadiths distincts et différents à 2 762."(3) Nous en déduisons que 3 ou 4000 hadiths seulement furent jugés authentiques ou "forts". Les autres furent rejetés comme "faibles" ou "fragiles" ou "apocryphes", pour employer un terme théologique.

Pour quelle raison a-t-on écrit les hadiths inexacts? Sans doute pour exalter l'islam et Muhammad et pour fournir une justification à une doctrine favorite. Dans son livre Islam Fazlur Rahman donne l'exemple suivant:

"Avec le fossé de plus en plus profond qui s'établit entre la pratique Sufi d'une part et l'émergence d'un système orthodoxe de l'autre, apparut un nouveau corps de hadiths. Pour appuyer leur point de vue, les Sufis formulèrent (c.-à-d. inventèrent) des affirmations, parfois les plus rocambolesques et historiquement totalement imaginaires qu'ils attribuèrent au Prophète."(4)

Les Sufis ne furent pas les seuls à agir ainsi. A la page 65 du même ouvrage, après avoir cité le prétendu hadith selon lequel le Prophète aurait déclaré : "Quel que soit le propos, s'il est bon, vous pouvez considérer que je l'ai prononcé." , Rahman poursuit par ces mots:

"Il n'y a pas d'autre hypothèse que celle-ci qui puisse expliquer le fait que des développements post-prophétiques palpables - les positions théologiques concernant la liberté humaine, les attributs divins, etc. - furent mis dans la bouche du Prophète lui-même."

C'est pourquoi nous posons à nouveau la question lancinante : "Quels sont les hadiths authentiques?"

A cette question, un homme a répondu : "Sont authentiques les hadiths qui ont un sens pour moi". Une telle réponse fait donc intervenir un présupposé pour chaque hadith. Un autre homme, un maître d'école, face à cette même question a déclaré : "Pendant dix ans je me suis interrogé à ce sujet et je ne sais toujours pas quels hadiths sont vrais !" Bien des musulmans résolvent la difficulté en refusant d'accepter les hadiths comme une révélation.

La confusion est entretenue par les chefs religieux et les conférenciers qui continuent de s'appuyer sur les hadiths douteux quand ceux-ci vont dans le sens de leur argumentation.

L'Imam An-Nawawi a choisi ses Quarante Hadiths au 7e siècle de l'Hégire (14e siècle de l'ère chrétienne); dans son introduction, il explique longuement la valeur de son choix et de la mémorisation des 40 hadiths:

"Il nous a été rapporté d'après Alî ibn Abî Tâleb, Abdoullah ibn Mas'ud, Aboud-Dardâ, Ibn Omar, Ibn Abbâs, Anas Ibn Mâlik, Abou-Hourayra et Abou Saïd al Khoudrî (Puissent-ils bénéficier de l'agrément d'Allah), à travers plusieurs chaînes d'autorité(5), et en différentes versions que le Messager d'Allah a dit:

"Quiconque aura retenu par coeur et conservé à l'intention de ma communauté quarante hadiths se rapportant aux points de sa religion, Allah le fera ressusciter, au Jour du Jugement, en compagnie des juristes et des savants attitrés en religion." Dans une autre version il est dit : "Allah le fera revivre en juriste et docteur en matière de religion ". Dans la version d'Abou-Dardâ, il est précisé : "Au Jour du Jugement, je serai pour lui un intercesseur, et témoignerai en sa faveur". La version d'Ibn Mas'oud s'exprime ainsi: "On lui dira: Entre donc par n'importe quelle porte du Paradis que tu voudras!". Enfin, selon le texte attribué à Ibn Omar : "Son nom sera inscrit parmi les savants docteurs en religion, et il sera ressuscité en compagnie des martyrs."

Quel n'est pas alors notre étonnement qu'après tant de références écrites, l'auteur puisse continuer ainsi:

"Les docteurs en matière de Hadith sont toutefois d'accord pour n'attribuer au Hadith en question qu'un faible coefficient d'authenticité, en dépit de la multiplicité des voies de transmission."(6)

Il poursuit en disant que bien que "les théologiens approuvent les références à des hadiths faibles (douteux) quand il s'agit de bonnes oeuvres", il a décidé, quant à lui, de ne faire appel qu'aux hadiths forts (authentiques) et spécialement à ceux des collections de Al-Bukhari et de Muslim.(7)

Puisqu'il a fallu des spécialistes pour conclure que la tradition du hadith rapporté plus haut est faible (douteuse), malgré la multiplicité des voies de transmission, on comprend combien il doit être difficile pour une personne qui ne possède qu'une connaissance religieuse moyenne, de se prononcer sur la validité d'un hadith donné.

De plus, quand on considère les discussions animées qu'ont, sur ce sujets, des savants, on se rend mieux compte du découragement qui doit s'emparer du croyant non-spécialiste. Dans un article intitulé "L'Anti-Christ: entre vérité et fantasme", l'auteur, le Dr. Ahmad 'ud An-Nashash(8) cite trois autres écrivains qui ont abordé le sujet de l'Anti-Christ, mentionné dans certains hadiths. Deux des citations s'accompagnent des critères de jugement pour savoir si un hadith est valable.

Après avoir affirmé que le Coran ne fait aucune mention de l'Anti-Christ et donné ses raisons de ne pas reconnaître la validité des hadiths en question, 'Abd-ar-razzaq Naufal pose la question: "Comment pouvons-nous nous fier à ces hadiths qui n'ont aucun support dans le Coran?"

Plus loin, dans le même article, sont citées les paroles de Mustapha Mahmud: "Les musulmans puisent leur croyances religieuses à deux sources : le Livre (le Coran) et la Sunna, sans marquer de distinction entre les deux car la Sunna forte ou authentique est révélation." (Et, comme preuve de ce qu'il avance, il cite la Sourate de l'Etoile (Al-Najm) 53.3-4:

"Et il (Muhammad) ne parle pas non plus d'impulsion: ce ** n'est là que révélation révélée."(9)

C'est pourquoi chaque fois que nous nous trouvons en présence d'un hadith fort (authentique) nous devons l'accepter, qu'il ait, dans le Coran, une preuve qui le confirme ou non. Mais si un hadith fort contredit le texte du Coran, nous sommes devant un autre problème... qui nécessite une exégèse du Hadith et une discussion pour savoir lequel, du Coran ou du Hadith, est antérieur à l'autre.

Ainsi donc, nous constatons que Naufal, un spécialiste de la question, déclare qu'un hadith doit avoir un certain support du Coran ; Mahmud, l'autre spécialiste, affirme, quant à lui, que ce support coranique n'est pas nécessaire et que tout ce que le Prophète a dit l'a été par révélation, Coran aussi bien que Hadith. Enfin lorsqu'il y a opposition entre le Hadith et le Coran, une étude sérieuse doit précéder toute conclusion.

Il est absolument assuré que certains hadiths sont forts. Il en existe au moins un qui possède une confirmation biblique, comme nous le verrons dans la suite de ce chapitre. Hamidullah estime valable la collection d'Al-Bukhari. Voici ce qu'il en dit dans l'introduction de la traduction française du Coran:

"Supposons que Bukhâri dise: Je tiens d'Ahmad ibn Hanbal, qui le tient d'Abdar-Razzâc, qui le tient de Ma'mar, qui le tient de Hammâm, qui le tient d'Abou-Huraira, que le prophète à dit telle ou telle chose. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, on a découvert les manuscrits de Hammâm, de Ma'mar et d'Abdar-Razzâc - l'ouvrage d'Ahmad étant depuis longtemps connu. Or, en cherchant dans ces sources antérieures à Bukhâri, on constate que Bukhâri n'a ni menti ni ramassé le simple folklore de son époque : il se repose sur des sources écrites authentiques."(10)

Mais malgré le témoignage de Hamidullah en faveur du Hadith, chaque musulman est confronté à un certain doute sur sa valeur. Et cette attitude se retrouve à l'égard du christianisme.





L'Evangile: un ensemble de hadiths
Il arrive que des musulmans qui lisent l'Evangile de Jésus-Christ rapporté par Matthieu, Marc, Luc et Jean se retranchent derrière l'affirmation : " Ces récits ne sont que des hadiths. Ce n'est pas comme le Coran. " Pour eux, le Coran est une loi révélée qui indique comment il faut se comporter, tandis que la plupart des hadiths rapportent des histoires ou des événements survenus dans la vie de Muhammad - en particulier des événements qui expliquent pourquoi certains versets lui ont été révélés. Ils croient que la Bible devrait ressembler au Coran aussi, lorsqu'ils découvrent de longs passages historiques ils s'écrient : "Ce ne sont que des hadiths" et ils sous-entendent par là que la Bible n'est pas véritablement la Parole de Dieu, ou à la rigueur qu'elle l'est mais à un degré inférieur.

A titre d'exemple, considérons quelques versets de l'Evangile de Luc:

"La mère et les frères de Jésus se présentèrent mais ils ne purent l'aborder à cause de la foule. On l'en informa : Ta mère et tes frères sont dehors et veulent te voir. Mais il leur dit : " Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique" Luc 8.19-21.

Beaucoup de musulmans pensent que l'Evangile vrai ne doit contenir que les mots imprimés en caractères gras; ils les considéreraient comme les paroles de Dieu, prononcées par Jésus. Et dans un autre livre devrait figurer le Hadith suivant:

D'après Jacques, le demi-frère de Jésus (puisse-t-il bénéficier de l'agrément de Dieu ! ), le passage de Luc 8.21 a été révélé dans les conditions suivantes:

Alors ma mère, mes frères et moi-même étions venus pour voir Jésus, mais nous n'avons pas pu l'approcher à cause de la foule. Quelqu'un lui rapporta: "Ta mère et tes frères sont dehors et veulent te voir."

Alors le verset a été révélé: " Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique."

Ce hadith a été transmis par Luc et Marc dans leurs livres, à coté d'autres récits (ceux de Matthieu et de Jean) qui constituent le recueil de hadiths le plus précieux. (Le texte en italique correspond à des arrangements ou à des ajouts.)

Prenons un deuxième exemple. Marc rapporte ainsi les paroles de Jésus sur la nourriture:

"Il n'est rien qui du dehors entre dans l'homme qui puisse le rendre impur mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui le rend impur" Marc 7.15.

Une telle déclaration serait typique du Coran, et un autre livre planterait le décor dans lequel ces mots ont été prononcés. Ce serait, par exemple, le hadith suivant:

D'après Pierre, l'un des douze disciples les plus proches de Jésus (puissent-ils, lui et les autres, bénéficier de l'agrément de Dieu!) l'enseignement de Jésus sur la nourriture, tel que le rapporte Marc 7.15 et 20-23. a été délivré dans le contexte suivant:

Les pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem... virent quelques-uns d'entre nous prendre le pain avec des mains impures - des mains qui n'avaient pas été lavées selon le rite légal.

Les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus: Pourquoi tes disciples ne marchent-ils pas selon la tradition des anciens, et prennent-ils leur pain avec des mains impures?

Jésus appela de nouveau la foule et lui dit: Ecoutez-moi tous et comprenez. Il n'est rien qui du dehors entre dans l'homme qui puisse le rendre impur; mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui le rend impur.

Lorsqu'il fut entré dans la maison, loin de la foule, nous l'interrogeâmes sur cette parabole.

Il nous dit : Vous aussi, êtes-vous donc sans intelligence? Ne saisissez-vous pas que rien de ce qui, du dehors, entre dans l'homme ne peut le rendre impur? Car cela n'entre pas dans le coeur, mais dans son ventre, puis est évacué à l'écart...

Puis il poursuivit et toutes ces paroles furent révélées : "Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui le rend impur. Car c'est du dedans, c'est du coeur des hommes que sortent les mauvaises pensées, prostitutions, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchanceté, ruse, dérèglement, regard envieux, blasphème, orgueil, folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur."

Ce hadith fut transmis par Marc qui le reçut de Pierre. Matthieu le transmit également.

Comme dans l'exemple précédent, j'ai ajouté tout ce qui est en italique, mais le reste du récit est textuellement contenu dans le récit que fournit l'Evangile de Marc 7.1-2,5,14-23.

Il est dont clair pour tous ceux qui ont lu l'Evangile que celui-ci ne correspond pas à l'idée que s'en font les musulmans. Comme l'ont bien montré ces exemples, les paroles de Dieu prononcées par Jésus et le contexte historique dans lequel elles ont été prononcées sont intimement imbriqués dans la narration.

Ce problème m'a longtemps embarrassé, et je ne savais que répondre lorsqu'on me disait : "Ces récits ne sont que des hadiths". La plupart des musulmans n'attribuent pas au simple Hadith la même valeur qu'au Coran. Chacun est relativement libre d'accepter un hadith ou de le rejeter, selon sa compréhension. D'autres musulmans, à cause des difficultés mentionnées ci-dessus, refusent de considérer le Hadith comme une révélation. Aucune de ces attitudes ne saurait caractériser le comportement du chrétien vis-à-vis de la Bible. C'est pourquoi je ne pouvais pas admettre que l'Evangile ne fût qu'un Hadith.

Par ailleurs, j' étais aussi perplexe en constatant que le Coran contient, lui aussi, beaucoup de hadiths, autrement dit des narrations. On y trouve de longs développements historiques sur la chute du diable, sur Adam et Eve, sur Noé, sur Marie, la mère de Jésus, et même des sections historiques très longues sur Abraham et sur Moïse. L'histoire de l'annonce à Abraham de la bonne nouvelle de la naissance d'Isaac fait l'objet des passages coraniques suivants: La Sourate mecquoise ancienne 51.24-37, la Sourate mecquoise tardive 11.69-83 et la Sourate mecquoise tardive 15.51-77. La 28e Sourate est même intitulée "le récit" (Al-Qasas). Pour quelles raisons alors reprocherait-on à l'Evangile de contenir des récits historiques, puisque le Coran lui-même en est si abondamment pourvu?

La clé du problème
J'étais donc terriblement perplexe. D'un côté le Hadith semblait excessivement important, mais de l'autre, il paraissait arbitraire et dénué de valeur. C'est alors que je lus le livre intitulé Islam de Fazlur Rahman, dans lequel j'ai trouvé cette réflexion:

"Car, si on rejette le Hadith dans son ensemble c'est du même coup toute la base de l'historicité du Coran qui s'écroule."(11) '(Les caractères italiques sont dans l'ouvrage même, par contre, j'ai souligné par l'emploi de caractères gras.)

Certains lecteurs ne partageront pas ce jugement. Pourtant, je suis persuadé que s'ils l'étudiaient attentivement, ils finiraient par en reconnaître la profonde justesse. Car, malgré certaines sections historiques, le Coran ne comporte que très peu d'allusion à l'histoire et à la vie de Muhammad, aux combats qu'il a soutenus, etc.

Il est donc bien vrai que si on supprime le Hadith comme un tout, nous ne saurions pratiquement plus rien des jeûnes et des méditations de Muhammad dans une grotte, ni des circonstances dans lesquelles lui ont été données les révélations, ni des conditions de sa fuite à Médine, etc. Bien que la bataille de Badr revête une très grande importance pour l'histoire de l'Islam, elle n'est mentionnée explicitement qu'une seule fois dans le Coran, dans la Sourate de la Famille d'Amram (AI 'Imran) 3.123, de l'an 2-3 de l'Hégire. La seule façon de savoir ce qui s'est réellement passé et de mesurer la portée de cet événement, c'est donc de se reporter au Hadith. C'est pourquoi, l'essentiel des données du chapitre III de la troisième section de ce livre sur l'origine du Coran provient du Hadith.

Nous devons donc tirer la conclusion logique suivante: Le Coran, considéré par tout musulman comme pure révélation, ne peut prouver cette nature de "pure révélation" qu'en faisant appel au matériau humain(12), et donc moins fiable, du Hadith. Il appartient donc à chaque musulman, même à ceux qui n'accordent que peu de crédit au Hadith, d'apprécier si le témoignage d'Abou Bakr, de 'Umar Ibn Khattab, de 'Uthman, et des autres qui sont cités dans le Hadith est suffisamment solide, et si sa transmission s' est faite avec assez de précision et de fidélité pour que leurs narrations des conditions dans lesquelles Muhammad a reçu le Coran puissent être acceptées sans réserve.

Si le Hadith, matériau essentiellement historique, s'avère indispensable à la compréhension du Coran, on voit mal pourquoi les musulmans reprochent à la Torah et à l'Evangile de comporter des sections narratives. Si l'extraordinaire vérité du don du Coran est validée par des hadiths humains, extérieurs à la révélation et qui, de plus, comportent maintes divergences de détails entre eux, et parfois même de graves erreurs de nature scientifique, en vertu de quoi un musulman peut-il prétendre que l'extraordinaire fait de la mort de Jésus pour nos péchés ne peut être validé par un "matériau du type Hadith" inclus dans la révélation de l'Evangile?

Le matériau explicatif dans la révélation de l'Evangile
Les chrétiens croient que les hommes qui ont écrit l'Evangile ont été guidés par le Saint-Esprit dans leur choix du "Hadith explicatif" de la même façon qu'ils ont été guidés dans le choix des paroles de Jésus.

La véracité historique des récits tels que:

- l'entretien de l'ange Gabriel avec Marie;

- la naissance virginale de Jésus;

- les signes et les miracles que Jésus accomplit pour prouver qu'il était lui-même messager, Messie et Parole de Dieu;

- sa mort sur la croix;

- sa résurrection d'entre les morts

- et son ascension,

est incluse dans l'unique Révélation donnée par Dieu, le Créateur, Yahweh Elohim, par l'intermédiaire du Saint-Esprit. Ou, pour l'exprimer différemment et plus simplement, nous considérons que chaque chapitre de la Bible est implicitement introduit par les mots : "Dieu dit" (qala Allah,~ ).

Pourquoi faire intervenir les hadiths dans ce livre?
Pour quelles raisons faisons-nous appel au témoignage des hadiths dans un ouvrage qui, comme celui-ci, ne s'intéresse qu'à La Bible, le Coran et la Science? L'explication est fort simple. Le Coran ne constitue à lui seul que la moitié du support de la foi de nombreux musulmans. Pour être plus exact, tout livre qui veut traiter des rapports entre la foi chrétienne, la religion musulmane et la Science devrait s'intituler La Bible, le Coran-Hadith, et la Science.

C'est pourquoi il ne suffit pas d'examiner ce que le seul Coran dit de la Torah et de l'Evangile. Il faut y ajouter le témoignage du Hadith. Nous nous limiterons au seul aspect qui a jusqu'à présent retenu notre attention: confirme-t-il, oui ou non, l'accusation portée contre les juifs et les chrétiens d'avoir changé la Bible?

Par ailleurs, un certain nombre de hadiths abordent des questions scientifiques. Le Dr. Bucaille l'admet et consacre un court chapitre de son livre à une discussion sur ce sujet (p. 245). Il déclare que même certains hadiths forts comportent de graves erreurs scientifiques. Cela soulève de sérieux problèmes, tant théologiques que scientifiques, comme nous le verrons sur des exemples lorsque nous aborderons la question scientifique.

L'intégrité de la Bible d'après le Hadith(13)
Au chapitre I de la deuxième section, nous avons signalé que le Coran contient plus d'une centaine de références à la Torah et à l'Evangile. Il n'est pas étonnant que nous en trouvions des mentions dans plusieurs hadiths.

Ainsi, d'après Mishkat al-Masabih(14), Livre I, chap. VI:

Abu Huraira rapporte les paroles suivantes du messager de Dieu : "Dans les derniers jours, il viendra des dajjals menteurs qui vous apporteront des traditions dont ni vous ni vos pères n'aviez jamais entendu parler; c'est pourquoi, soyez sur vos gardes. Ils ne vous égareront pas et ne vous séduiront pas." Hadith transmis par Muslim.

Il dit aussi que le peuple du Livre avait l'habitude de lire la Torah en hébreu et qu'il l'exposait ensuite en arabe aux musulmans; c'est pourquoi le message de Dieu déclara : "Ne soyez ni crédules ni incrédules envers le peuple du Livre, mais dites: O musulmans, nous croyons en Allah et en ce qui a été révélé à Abraham, et à Ismaël, et à Isaac, et à Jacob, et aux tribus, à ce que Moïse et Jésus ont reçu, et ce que les prophètes ont reçu de leur Seigneur. Nous n'établissons aucune distinction entre eux et à Lui nous nous soumettons." (Coran 2.136). Transmis par Bukhari.

Muhammad ne confirme ni n'infirme l'interprétation du peuple du Livre. Il ne se prononce pas non plus sur le texte de la Torah, tel qu'il le connaissait. Dans son commentaire sur Bukhari, Ayni explique que les musulmans étaient incapables de discerner si les interprétations données par le peuple du Livre concordaient réellement avec la Torah, sachant que confirmer un mensonge provoquait la colère de Dieu au même titre que nier la vérité.

Les traditions relevées dans Mishkat al-Masabih, Livre VIII, chap. I, p. 454; Livre I, chap. VI, p. 49 ; Livre XX, p. 49 ; Livre XX, chap. I, p. 892 sont quelque peu semblables:

"Abu Huraira rapporte qu'un jour le messager de Dieu demanda à Ubai b. Ka'b ce qu'il récitait au moment de la prière. Ubai b. Ka'b récita alors Umm al-Coran. Alors le messager de Dieu déclara : Par Celui qui tient mon âme entre ses mains, rien de comparable n'a été révélé dans la Torah, ni dans l'Injil, ni dans les Zabur, ni dans le Coran. Ce sont sept des versets les plus souvent répétés du glorieux Coran que j'ai reçu." Transmis par Tirmidhi.

Jabir raconte que 'Umar b. al-Khattab apporta au messager de Dieu un exemplaire de la Torah en disant: "Messager de Dieu, voici un exemplaire de la Torah". Comme il ne recevait pas de réponse, il se mit à lire, au mécontentement évident du messager de Dieu. Alors Abu Bakr déclara: "Excuse-toi, ne vois-tu pas l'expression du visage du messager?" Alors 'Umar leva ses yeux vers le messager de Dieu et dit : "C'est en Dieu que je recherche refuge pour me protéger de la colère de Dieu et de son messager. Nous sommes pleinement satisfaits avec Dieu pour Seigneur, l'islam pour religion et Muhammad pour prophète." Ensuite le messager de Dieu dit : "Par celui qui tient entre ses mains l'âme de Muhammad, si Moïse t'était apparu, que tu l'eusses suivi, en m'abandonnant, tu aurais erré loin du chemin droit. S'il était vivant et qu'il eût connaissance de ma mission prophétique, il me suivrait." Transmis par Darimi(15).

Salman déclara avoir lu dans la Torah que la bénédiction de la nourriture dépend des ablutions qui suivent le repas ; quand il en eut fait part au Prophète, celui-ci reprit : "La bénédiction de la nourriture dépend des ablutions faites avant et après le repas." Transmis par Tirmidhi et Abu Dawud.

Muhammad n'interdit pas la lecture de la Torah et ne nie pas son existence. Son silence tend plutôt à confirmer son existence.

De même, il est dit au Livre XXVI, chap. XXXIX, pp. 1371 et 1372 de Mishkat al-Masabih:

Khaithama b. Abu Sabra dit: J'étais venu à Médine et j'avais demandé à Dieu de m'accorder un bon compagnon et Dieu me donna Abu Huraira. Je pris place à ses côtés et lui racontai comment j'avais demandé à Dieu de me donner la faveur d'un bon compagnon et que le choix de Dieu s'était porté sur lui. Il me demanda d'où je venais. Je répondis que je venais d'al-Kufa et que mon désir du bien m'avait conduit ici. Il me demanda alors : "N'as-tu pas parmi les tiens Sa'd b. Malik dont les prières ont été exaucées, Ibn Mas'ud qui a cherché l'eau nécessaire aux ablutions du Prophète, ainsi que ses sandales, Hudhaifa qui fut le confident du messager de Dieu, 'Ammar que Dieu protège du diable, par la langue de son Prophète, et Salman qui croyait dans les deux livres?" indiquant par là l'Injil et le Coran. Transmis par Tirmidhi.

Peu importe que cette tradition identifie les deux livres (kitabain) comme étant l'Injil et le Coran plutôt que comme la Torah-Ancien Testament et l'Evangile-Nouveau Testament. Le point essentiel ici, c'est de constater que cette tradition aussi reconnaît l'existence de ces livres, du moins en tout cas de l'Injil.

La tradition suivante est tirée du Livre II, chap. I, pp. 62 et 63 de Mishkat al Masabih:

Ziyad b. Labid dit: Le Prophète parla d'un certain sujet et déclara: "Cela se produira lorsque la connaissance disparaîtra". Je lui répondis: "Comment la connaissance pourrait-elle disparaître puisque nous récitons le Coran, que nous l'enseignons à nos enfants qui, à leur tour, l'enseigneront aux leurs, et ainsi de suite jusqu'au Jour de la Résurrection? Il répliqua: "Tu m'étonnes, Ziyad! Je pensais que tu étais l'homme le plus instruit de Médine. Ces juifs et ces chrétiens ne lisent-ils pas la Torah et l'Injil bien qu'ils ignorent tout à propos de leurs contenus? Transmis par Ahmad et lbn Majah ; Tirmidhi transmit quelque chose de semblable de lui comme le fit Darimi d'un récit de Abu Umama.

Le Hadith, comme le Coran, s'en prend aux juifs et aux chrétiens pour leur ignorance. Mais Muhammad indique clairement et explicitement qu'ils lisaient la Torah et l'Injil et non une Torah et un Injil corrompus ou amputés. Peut-être faisait-il référence aux juifs arabes et aux chrétiens arabes qui ne pouvaient comprendre la langue de la Torah ni celle de l'Injil. Mais alors, il faut se demander combien de personnes lisent et méditent leurs écrits sacrés en saisissant pleinement leur sens?

Arrivons-en au cas probant de Waraqa bin Naufal. L'important n'est pas de savoir s'il savait lire ou non. Dans le chapitre intitulé "Comment prit naissance la révélation", Bukhari raconte dans quelles conditions Muhammad reçut la première révélation des premiers versets de la Sourate 96. Après avoir eu ces versets, Muhammad retourna chez Khadijâ. Citons l'extrait du Hadith qui rapporte ces informations.

Khadijâ le conduisit chez son cousin Waraqa bin Naufal. Celui-ci avait embrassé le christianisme lors de son âge d'ignorance, et il avait pris l'habitude de transcrire l'Ecriture hébraïque et l'Injil de l'hébreu, tant que Dieu lui en avait accordé la force de le faire. Waraqa était très âgé et il était privé de la vue.

Cette tradition soutient, elle aussi, que le Livre (al-Kitab), sans doute la Torah-Ancien Testament et l'Evangile-Nouveau Testament existaient et qu'ils étaient connus même dans les régions reculées de l'Arabie.

La tradition suivante est encore extraite de Mishkat al-Masabih, Livre IV, chap. XLIII, p. 285

Abu Hurairi dit: Je me rendis à at-Tur et rencontrai Ka'b al-Ahbar. Je m'assis à ses côtés; il me parla de la Torah et moi, je lui parlai du messager de Dieu. Une des choses que je lui ai dites est celle-ci : "Le messager de Dieu a déclaré : "Le meilleur jour sur lequel le soleil s'est levé est le vendredi ; en ce jour, son repentir a été accepté ; ce jour-là, il mourut ; en ce jour viendra la dernière heure ; le vendredi, toute bête est aux aguets, du crépuscule jusqu'au lever du soleil, dans la panique de la dernière heure, mais non les djinns ni les hommes ; il caractérise un temps où aucun musulman ne demandera quoi que ce soit dans la prière sans que Dieu le lui accorde." Ka'b répondit qu'il ne s'agissait que d'un seul jour par an ; mais comme j'insistai que c'était bien tous les vendredis, Ka'b lut la Torah et déclara que le messager de Dieu avait dit vrai. Abu Huraira poursuivit : Je rencontrai 'Abdallah b. Salam et lui fit part de mon entretien avec Ka'b al-Ahbar et de ce que je lui avais dit au sujet du vendredi et lui rapportai également la réaction spontanée de Ka'b qui prétendait qu'il ne s'agissait que d'un jour par an. 'Abdallah b. Salam affirma que Ka'b avait menti, mais quand je lui eus dit que Ka'b avait ensuite lu la Torah et reconnu qu'il s'agissait bien de chaque vendredi, il affirma que Ka'b avait dit la vérité.

Malik, Abu Dawud, Tirmidhi et Nisa'i l'ont transmis; Ahmad a transmis l'affirmation selon laquelle Ka'b avait dit la vérité.

Par sa première réaction Ka'b se méprend sur la Torah, c'est-à-dire qu'il s'est rendu coupable de al-tahrif al ma'nawi. Mais par la suite, Ka'b se réfère à la Torah, une Torah authentique, non corrompue, et admet son erreur.

Mishkat al-Masabih mentionne plusieurs traditions (Livre XXVI, chap. XVIII, pp. 1232-1233, et chap. XIX, p. 1244) d'après lesquelles la Torah annonçait la venue de Muhammad:

'Ata ben Yasar a dit : "Je rencontrai 'Abdallah b. 'Amr b. al-'As et lui demandai de me faire connaître la description de l'Envoyé de Dieu qui se trouve dans la Torah". "Volontiers, me répondit-il. Par Dieu! Il est décrit dans la Torah par certaines qualités que lui donne le Coran. O Prophète, Nous t'avons envoyé comme témoin, comme messager pour annoncer les récompenses et les châtiments et comme défenseur vers les illettrés. (Al-Ahzab 33.45. La citation suivante est tirée de la Torah-Ancien Testament, Esaïe 42.1-3, 6-7)(16). "Tu es mon serviteur et mon Envoyé. Je t'ai appelé : Celui qui met sa confiance en Dieu. Ce prophète n'est ni cruel ni inhumain. Il ne vocifère pas dans les marchés. Il ne rend pas le mal pour le mal, mais il est indulgent et il pardonne. Dieu ne le rappellera pas à Lui avant qu'il n'ait redressé la religion déformée et que les arabes ne disent : 'Il n'y a d'autre divinité que Dieu'. Grâce à ses paroles, il ouvrira les yeux des aveugles, les oreilles sourdes et les coeurs fermés." Transmis par Bukhari; Darimi rapporte quelque chose de semblable qu'il a reçu de 'Ata qui, lui-même, le tenait de Ibn Salam.

Anas raconte le fait suivant. Le Prophète avait pour serviteur un jeune juif qui tomba malade. Muhammad se rendit à son chevet et trouva le père de son serviteur, à la tête du lit et récitant la Torah. Le messager de Dieu lui dit : "O juif, je t'adjure, par le Dieu qui a donné la Torah à Moïse de me dire si tu peux trouver dans la Torah un récit ou une description qui se rapporte à moi, ou quoi que ce soit qui soit en rapport avec ma venue." Comme le père répondit qu'il ne le pouvait, le jeune homme reprit: "Je jure devant Dieu, ô messager de Dieu, que nous trouvons certainement un récit et une description qui te concerne ainsi qu'une affirmation relative à ta venue, et j'atteste qu'il n'y a pas d'autre divinité que Dieu et que tu es son messager. Le Prophète dit alors à ses compagnons: "Retirez cet homme qui est à côté de sa tête, et prenez soin de votre frère." Baihaqi le transmit dans Dala'il al-Nubuwa.

D'autres traditions qui se font l'écho de récits authentiques sont rapportées dans Mishkat al-Masabih (pp. 1237, 1249). Toutes ces traditions supposent l'existence d'une authentique Torah. Le père et son fils malade sont en désaccord sur leur interprétation de la Torah, mais aucune de ces traditions n'accuse les juifs d avoir corrompu le texte de la Torah.

Note de l'éditeur : La citation mentionnée dans le premier des deux extraits rapportés plus haut, est tirée de la Torah-Ancien Testament et était considérée comme digne d'être acceptée par 'Ata b. Yassar; on peut lire ce texte dans la prophétie d'Esaïe, écrite 700 ans avant la venue du Messie. Voici cette citation:

"Voici mon serviteur auquel je tiens fermement,
Mon élu en qui mon âme se complaît. J'ai mis mon Esprit sur lui;
Il révélera le droit aux nations.
Il ne criera pas,
Il n'élèvera pas la voix
Et ne la fera pas entendre dans les rues.
Il ne brisera pas le roseau broyé
Et il n'éteindra pas la mèche qui faiblit...
Moi, l'Eternel, je t'ai appelé pour la justice...
Je te protège et je t'établis
Pour faire alliance avec le peuple,
Pour être la lumière des nations,
Pour ouvrir les yeux des aveugles,
Pour faire sortir de prison le captif
Et de leur cachot les habitants des ténèbres."
Esaïe 42. l-3, 6a,7.

Nous sommes en présence de deux témoins: le texte d'Esaïe dans la Torah-Ancien Testament et le Hadith. Puisque les deux témoins déclarent très sensiblement la même chose, on peut en déduire que le texte d'Esaïe n'a pas été altéré. On peut raisonnablement penser que le reste du Hadith est aussi un compte rendu fiable de la conversation qu'il rapporte.

Cela ne résout pas la question de savoir si 'Abdallah b. 'Amr a eu raison d'appliquer cette prophétie à Muhammad. L'Injil l'applique à Jésus (Matthieu 12.18-21); le Coran et l'Injil affirment que c'est Jésus qui a ouvert les yeux des aveugles. Ce double témoignage constitue une preuve solide qu'on ne doit pas trop facilement écarter!

D'après Mishkat al-Masabih, Livre XVI, chap. I, p. 758:

'Abdallah b. 'Umar rapporte que des juifs s'étaient approchés du messager de Dieu et lui avaient raconté qu'un homme et une femme des leurs avaient commis adultère. Il (Muhammad) leur demanda ce qu'ils avaient trouvé dans la Torah à propos de la lapidation; ils répondirent qu'ils devaient mettre les coupables en disgrâce et leur infliger des coups. 'Abdallah b. Salam dit alors : "Vous mentez elle contient des instructions selon lesquelles les coupables doivent être mis à mort par lapidation ; apportez donc la Torah. Ils l'ouvrirent l'un d'entre eux plaça sa main sur le verset qui mentionnait la lapidation et lut ce qui précédait et ce qui suivait ce passage occulté. 'Abdallah b. Salam lui demanda d'ôter sa main qui cachait le texte; quand il l'eut retirée, le texte de la lapidation apparut distinctement. Alors ils dirent: "Muhammad a dit la vérité : le verset relatif à la lapidation est en elle." Le Prophète donna donc l'ordre de les lapider. Dans une autre version il est dit que lorsqu'il (Muhammad) lui (au juif) demanda de lever sa main ce qu'il fit, montrant du même coup le verset relatif à la lapidation. Alors l'homme déclara : "Il contient bien le verset sur la lapidation, Muhammad, mais nous l'avions caché". Alors il donna l'ordre des les faire lapider jusqu'à ce que mort s'ensuive. (Bukhari et Muslim).

Dans ce récit, Muhammad accepte ouvertement le commandement de la Torah et ne laisse nullement entendre que le texte a été abrogé ou corrompu. Ce cas constitue un exemple auquel se réfère le Coran quand il accuse les juifs de dissimuler et de modifier la Torah verbalement mais non textuellement.

Citons encore Mishkat al-Masabih, Livre XIII, chap. III, p. 667:

Umar b. al-Kattab et Anas b. Malik rapportent que le messager de Dieu a dit que dans la Torah il est écrit : "Si quelqu'un refuse de donner sa fille en mariage, alors qu'elle a atteint l'âge de douze ans, et qu'elle commette le péché, c'est le père qui sera tenu pour responsable." Baihaqi a transmis les deux traditions dans Shu'ab al-iman.

D'après ce témoignage Muhammad possède une certaine connaissance de la Torah et va même jusqu'à en citer un passage. Il indique clairement ce qui est écrit dans la Torah et non ce qui était écrit dans la Torah désormais corrompue ou abrogée.

Mentionnons encore deux traditions qui datent du califat d'Omar (13-23 de l'Hégire), car elles entrent bien dans le cadre de notre discussion. D'après Mishkat al-Masabih, Livre XVII, chap. III, p. 795:

Sa'id b. al-Musayyib raconte qu'un musulman et un juif se présentèrent devant 'Umar et lui demandèrent d'arbitrer leur différend ; considérant que le juif était dans son droit, 'Umar émit un jugement en sa faveur. Mais quand le juif eut dit : "Je jure devant Dieu que tu as prononcé une juste sentence ", il le frappa d'un coup de fouet et lui demanda la raison d'une telle affirmation.

Le juif répondit: "Je jure devant Dieu que nous trouvons dans la Torah qu'aucun qadi ne peut juger avec droiture s'il n'a un ange à sa droite et un ange a sa gauche pour le diriger et le disposer à ce qu'il est juste aussi longtemps qu'il s'attache à la droiture ; mais dès qu'il abandonne ce qui est juste, les anges remontent et l'abandonnent." 'Transmis par Malik.

L'autre tradition est rapportée par Darimi dans Sunan, Muqaddima 56. Abbad ben Abbad Abu Ataba cite une lettre dans laquelle Omar ben Al-Khattab déclare:

Si les docteurs et les moines n'avaient pas craint la disparition de leur rang et l'abolition de leur dignité par l'observance de l'Ecriture et son enseignement (aux autres), ils n'auraient ni falsifié (harrafu) ni dissimulé (katamu, ~ ) (I'Ecriture). Comme ils ont contrevenu à l'Ecriture par leurs agissements, ils ont cherché à tromper leur peuple à propos de ce qu'ils avaient fait. de peur de voir aboli leur prestige et dévoilée aux hommes leur corruption. Ils ont donc falsifié (harrafu, ~ ) l'Ecriture par l'interprétation, et ce qu'ils n'ont pas pu falsifié, ils l'ont dissimulé (katamu, ~ ). Ainsi ont-ils passé sous silence leurs agissements afin de garder leur prestige, de même qu'ils ont passé sous silence les agissements de leur peuple par basse complaisance. Dieu fit alliance avec ceux qui ont reçu l'Ecriture pour qu'ils la fassent connaître aux hommes sans la dissimuler. Mais ils ont rusé avec elle et l'ont adapté à leur avantage."

Le premier de ces hadiths ne prétend nullement que Omar a refusé au juif le droit à s'en référer à la Torah. Dans le second, il reproche aux juifs et aux chrétiens de falsifier l'Ecriture par leur interprétation et de cacher ce qu'ils ne pouvaient falsifier. Comme le fait le Coran, cette tradition reconnaît la possibilité d'interpréter faussement l'Ecriture (al tahrif al ma'nawi) mais elle ne dit rien d'une corruption du texte d'alors de l'Ecriture (al-tahrif al-lafzi).

En rapprochant ces deux hadiths de celui évoqué plus haut et qui rapporte qu'Omar avait présenté un exemplaire de la Torah pour la lire en présence de Muhammad, on peut en déduire qu'Omar considérait, lui aussi, que la Torah était authentique et qu'elle n'avait subi aucune altération.

Pourtant il existe aussi une tradition, rapportée par Bukhari, et qui appuie l'accusation portée par les musulmans contre les "gens du Livre" d'avoir corrompu le texte de leurs Ecritures. Cette tradition remonte à Abdallah Ibn Abbas qui avait 14 ans lors de la mort de Muhammad, et qui fut plus tard nommé gouverneur de Al-Basra, par Ali. Obaïd-allah ben Abdallah ben Otba rapporte les propos de Abdallah Ibn Abbas:

O musulmans, qui êtes ici rassemblés, comment se fait-il que vous questionnez les gens du Livre, alors que votre livre, qui a été révélé à votre prophète, vous donne des informations plus récentes de la part de Dieu, et que ce livre que vous récitez n'a pas été altéré. Dieu vous a annoncé que les gens du Livre avaient modifié (baddalu, ~ ) le texte écrit de ses paroles et que, de leurs mains, ils avaient changé ( ghaiyaru, ~ ) le contexte du Livre en disant qu'il leur était venu ainsi de Dieu lui-même afin d'acquérir par là une chose à vil prix. Ce que vous avez reçu de la science ne vous interdit-il donc pas de questionner ces gens-là? Et par Dieu, voyons-nous un seul d'entre eux vous questionner au sujet de la révélation que vous avez reçue?"(17)

Si ce texte constituait la seule référence du Hadith aux Ecritures anciennes, il donnerait aux musulmans le bois pour alimenter le feu de leurs accusations contre les gens du Livre, jugés coupables d'avoir corrompu le texte de leur Torah. Mais, dans l'état actuel de nos connaissances, ce document doit être versé au dossier de notre enquête comme seule référence négative et contradictoire, à côté des nombreuses allusions faites par le Hadith à l'existence d'une Torah et d'un Evangile non frelatés au sein de la communauté musulmane primitive.

Il est bien évident que nos arguments fondés sur le témoignage du Hadith n'ont pas grande valeur pour les musulmans qui n'ont qu'une confiance limitée dans le Hadith. Mais quel que soit le jugement porté sur la valeur du Hadith, il faut bien faire remarquer que Mishkat al-Masabih ne contient pas la moindre référence à une prétendue corruption du texte des Ecritures anciennes.

Au contraire, et en l'absence de tout autre témoignage, nous pouvons affirmer que le Hadith intégral, à une exception près, est dépourvu de toute accusation, de falsification à l'encontre des Ecritures anciennes.

Il est évidemment possible que des juifs insensés, pris individuellement aient corrompu le contenu de leurs livres ; autrement dit, il se pourrait que nous trouvions des exemples isolés de textes corrompu. Une telle constatation permet de concilier la tradition négative unique évoquée ci-dessus avec le courant traditionnel général du Hadith qui déclare que les Ecritures confiées aux juifs et aux chrétiens sont demeurées intactes et authentiques. En résumé, et d'après les hadiths que nous avons analysés:

Waraqa écrit ou traduit des "Ecritures hébraïques", donc des Ecritures non falsifiées ; Muhammad constate que les "juifs et les chrétiens lisent la Torah et l'Injil", donc pas d'allusion à une Torah et a un Injil corrompus. Avec un exemplaire de la Torah dans ses mains, Muhammad prononce un jugement conforme au contenu de la Torah ; ailleurs il cite encore la Torah et ne dit rien qui puisse faire penser que, de son temps, la Torah était corrompue.

En somme, l'étude du Hadith nous amène à la même conclusion que l'étude du Coran, faite au chapitre précédent. DU VIVANT DE MUHAMMAD IL EXISTAIT, AUSSI BIEN A LA MECQUE QU'A MEDINE, UNE TORAH ET UN EVANGILE DONT LE TEXTE N'AVAIT PAS ETE ALTERE.

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La Science moderne le Coran et la Bible :
anticipation des connaissances scientifiques.

Nous venons de montrer, avec de nombreuses preuves à l'appui, que le texte du Coran et celui de la Bible sont aujourd'hui pratiquement identiques a celui de leurs origines. Ils sont donc dignes de foi. Ceci étant acquis, nous allons pouvoir aborder la question de la relation de la science avec chacun d'eux. Il est cependant nécessaire de revenir un instant sur la question des présupposés.

Petits « présupposés » en vue d'un accord
Aux chapitres I et II de la première section nous nous sommes intéressés aux grands présupposés. L'anecdote authentique que je rapporte illustre le fait que nous élaborons tous des postulats, de moindre importance et de moindre conséquence, pour mettre en accord certains faits ou certaines idées.

Je m'étais rendu en Tunisie, par avion. A ma descente d'avion, je hélai un taxi pour me conduire en ville. Pendant le trajet, j'engageai la discussion avec le chauffeur. A un moment donné, il me demanda ce que je pensais du Coran. « Et bien, lui dis je, il déclare que les juifs n'ont pas tué Jésus, qu'ils ne l'ont pas crucifié. D'après le Coran, Jésus ne mourut pas. La Bible affirme tout le contraire ! Non seulement Jésus mourut, mais il mourut pour nos péchés, les vôtres et les miens. Si le Coran sous-entend que Jésus est mort, mais qu'il n'est pas demeuré mort, je peux accepter ses affirmations sur ce point, et nous n'aurons aucune divergence ! »

Il me répondit : « Votre démarche fait appel à la logique (vous admettez un présupposé) pour expliquer autrement l'affirmation du Coran ». Il avait raison, et poursuivit en réaffirmant, comme le font toujours les musulmans : « Non, Jésus ne mourut pas ! »

Je repris alors : « Comment comprenez-vous donc le verset dans lequel Dieu déclare : `O Jésus, voici (inna)1 que je vais t'achever, et t'élever vers Moi' (Sourate de la famille d'Amram 3.55) ? N'indique-t-il pas que Jésus mourut avant de ressusciter ? »

Le chauffeur répondit : « Aaah, mais les déclarations qui suivent inna ne doivent pas nécessairement être considérées comme suivant un ordre chronologique ».

Il me fut facile alors de lui rétorquer : « Mais vous venez de vous servir de la logique (vous admettez un présupposé) ». Nous avons ri de bon coeur, car nous avions compris tous Ies deux que nous avions agi de la même façon2.

J'ai évoqué ce souvenir parce que le Dr. Bucaille, dans son approche de la Bible interdit tout type « d'explication » ou « de présupposé » qui permettrait de concilier deux textes qui, à première vue, sembleraient se contredire. Mais quand il s'intéresse au Coran il fait ce que tout homme fait et accepte des « présupposés », pour ses explications destinées à résoudre les difficultés.

Cette attitude est particulièrement évidente si on considère les points suivants.

Le Dr. Bucaille affirme (A) que le Coran fait preuve d'une pré­connaissance surnaturelle de la science moderne, ce qui ne peut s'expliquer que par son origine divine. II déclare ensuite (B) que le Coran, à l'inverse de la Bible, ne comporte aucune erreur scientifique. Enfin (C) il reproche à la Bible de ne pas faire suffisamment intervenir la nature pour manifester la gloire et la puissance de Dieu. Examinons attentivement ces affirmations pour voir si, réellement, elles tiennent debout.

J'ajoute encore que le Dr Bucaille n'est pas le seul auteur à parler des rapports entre le Coran et la science. Des hommes de science musulmans se sont aussi décidés à écrire sur ce sujet, et nous passerons en revue certaines, de leurs idées, en particulier celles défendues par le Dr Bechir Torki , Tunisien, et titulaire d'un doctorat en physique nucléaire. Il est le co-fondateur de la revue Science et Foi et l'auteur du livre L'Islam, Religion de la Science. 3

Anticipation des connaissances scientifiques
Ces apologistes ne ménagent pas leurs efforts pour trouver dans le Coran des indices d'une connaissance scientifique, au sens moderne, ce qui leur permet d'affirmer le caractère miraculeux de ce livre et d'en déduire son origine divine. Un tel effort n'est pas blâmable en soi, mais un examen plus minutieux prouve que les résultats de ces recherches ne sont pas aussi spectaculaires que certains l'avaient affirmé. Nous verrons d'ailleurs, à la fin de ce chapitre, que ces affirmations ne vont pas sans poser un réel problème d'ordre théologique.

l. Le cycle de l'eau

Le Dr Bucaille 4 et le Dr Torki 5 abordent ce domaine pour affirmer que le Coran avait, à l'avance, une connaissance exacte du cycle de l'eau dont les phrases sont les suivantes :

( 1 ) l'eau s'évapore des mers et de la terre ;

(2) elle se forme en nuages ;

(3) elle tombe sous forme de pluies qui

(4a) arrosent et fécondent la terre, et

(4b) réapprovisionnent les nappes d'eau, ce que l'on constate au jaillissement des sources et au niveau des puits.

Le Dr Bucaille prétend que jusqu'à la fin du XVIe siècle « les hommes avaient des conceptions tout à fait erronées sur le régime des eaux ». Il pense, par conséquent, que les affirmations contenues dans le Coran et qui traduisent une connaissance exacte du cycle de l'eau, ne peuvent pas provenir d'une source humaine.

Il cite les Sourates 50.9-11, 35.9, 30.48, 7.57, 25.48-49 et 45.5 comme versets à l'appui des phrases (2), (3) et {4a). Prenons l'exemple de la Sourate de Al-A`râf 7.57, datée de la période mecquoise tardive :

« C'est lui (Dieu) qui envoie les vents, annonciateurs au-devant de Sa miséricorde. Puis lorsqu'ils portent une nuée lourde (2), Nous la dirigeons en faveur d'un pays mort, puis Nous en faisons descendre l'eau (3), puis Nous en faisons sortir toute espèce de fruits (4a). Ainsi ferons-Nous sortir les morts. Peut-être vous rappellerez-vous ? »

Pour justifier la phase (4b), le Dr Bucaille cite les Sourates 23.18-19, 15.22, et la Sourate des Groupes (Al-Zumur) 39.21, datée de la période mecquoise tardive, qui déclare :

« Ne le vois-tu pas ? Oui, Dieu fait descendre du ciel, de l'eau, puis Il l'achemine en sources dans la terre (4b) ; par là, ensuite, Il fait sortir une culture aux couleurs diverses... »

Ces versets sont manifestement vrais dans leurs dires. Mais la question que l'on est en droit de se poser est celle-ci : font-ils vraiment état d'une connaissance anticipée pour l'époque au point de prouver leur origine divine ? La réponse doit être « Non ». N'importe qui, même un citadin, peut décrire les phases (2), (3) et (4a). Et quiconque a tant soit peu été en contact avec des fermiers, pendant une période de sécheresse, les a certainement entendu parler de puits asséchés et de sources taries, ce qui est une autre manière d'exprimer la simple vérité de la phase (4b) : la pluie est à l'origine des eaux souterraines.

Qu'en est-il de la phase (1) relative à l'évaporation comme cause de la formation des nuages ? C'est un phénomène plus difficile à comprendre par l'observation courante. Il n'est jamais mentionné dans les versets coraniques pré-cités.

Le Dr Torki reconnaît cette lacune et a proposé de voir une réponse dans la Sourate de la Nouvelle (Al Naba' )78.12-16. C'est une Sourate de la période mecquoise ancienne. Nous y lisons :

« Et nous avons construit au-dessus de vous sept (cieux) renforcés et désigné une lampe très ardente, et fait descendre, des nuées, eau abondante, pour en faire sortir grains et plantes, et jardin s'entrelaçant. »

Il présuppose ici que la référence au soleil, cette « lampe très ardente » suivie de la mention de la pluie, démontre la phase manquante (1). Ce n'est pas totalement impossible, mais cela paraît cependant peu probable. Le soleil et la pluie sont les 8° et 9° objets de toute liste des bénédictions de Dieu, une liste qui inclut aussi des bienfaits non mentionnés ici, tels que les montagnes, le sommeil et le mariage. II n'y a aucune raison pour qu'un arabe du 7° siècle, ou une personne du 20°, puisse comprendre la relation de cause à effet entre le soleil et la pluie.

Consultons maintenant la Torah-Ancien Testament. Nous y trouvons trois références qui affirment clairement la phase ( 1 ) qui pose problème pour le lecteur du Coran.

Dans le livre du prophète Amos, écrit 1300 ans avant l'Hégire il est dit :

« Il a fait des Pléiades et Orion, il change l'ombre de la mort en aurore, il obscurcit le jour pour en faire la nuit, il appelle les eaux de la mer (1) et les répand (3) à la surface de la terre : l'Eternel est son nom » (Amos 5.8).

Le prophète Esaïe écrit, lui aussi, quelque 1300 ans avant l'Hégire :

« Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées. Comme la pluie (3) et la neige descendent des cieux et n'y retourne ( 1 ) pas sans avoir arrosé, fécondé la terre et (4a) fait germer les plantes, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui mange, ainsi en est-il de ma parole qui sort de ma bouche : elle ne retourne pas à moi sans effets, sans avoir exécuté ma volonté et accompli avec succès ce pour quoi je l'ai envoyée » (Esaïe 55.9-11).

En troisième lieu nous pouvons encore citer les paroles d'un prophète qui vécut au nord de l'Arabie. Il se nomme Job (Aiyüb ) et décrit d'une manière détaillée le cycle de l'eau. Voici ses paroles, écrites au moins 1000 ans avant l'Hégire (probablement même beaucoup plus) :

« Dieu est grand, mais nous ne savons pas le reconnaître ; le nombre de ses années est insondable.

Il (1) attire les gouttes d'eau qui s'évaporent et retombent en pluie (3) ; les nuages (2) la laissent couler, ils la répandent sur la foule des humains » (Job 36.26-28). Ces versets cités mentionnent toutes les phases du cycle de l'eau, à l'exception, de la phase (4b). Dans le livre du prophète Osée, écrit près de 1400 ans avant l'Hégire nous trouvons le verset suivant qui montre la connaissance de ce processus :

«... Le vent d'orient viendra, le souffle de l'Eternel s'élevant du désert. Il desséchera sa source, tarira sa fontaine... » (Osée 13.15).

Le vent sec de l'orient n'amenait jamais de pluies ; il en résultait la sécheresse des puits et le tarissement des sources. C'est bien traduire que l'absence de pluies prive d'eau les nappes souterraines. Ainsi la Torah-Ancien Testament décrit parfaitement les quatre phases du cycle de l'eau, y compris celle qui était difficile pour les contemporains (1).

2. Les courants maritimes
Le Dr Bechir Torki6 cite la Sourate de la Lumière (Al-Nur) 24.39,40, datée de l'an 5-6 post-hégérique :

« Les actions des incrédules sont semblables à un mirage dans une plaine. Celui qui est altéré croit voir de l'eau ; mais quand il y arrive, il ne trouve rien...

Elles sont encore comparables à des ténèbres sur une mer profonde : une vague la recouvre, sur laquelle monte une autre vague ; des nuages sont au-dessus. Ce sont des ténèbres amoncelées les unes sur les autres. Si quelqu'un étend sa main, il peut à peine la voir. Celui à qui Dieu ne donne pas de lumière n'a pas de lumière. » (Trad. D. Masson).

Dans l'étude qu'il fait de ces versets, le Dr Torki cite les propos d'un directeur de l'un des projets spatiaux qui a photographié les océans « Les vagues et les courants des profondeurs sous-marines sont plus importants que ceux observés en surface. » Le Dr Torki propose d'interpréter l'expression coranique « vagues sur vagues » comme une preuve de la pré-connaissance qu'avait le Coran des sciences marines. Car il existe effectivement des courants profonds tels que le Gulf Stream et le Kuro Shio, près du Japon.

L'hypothèse n'est pas impossible, bien que le même mot soit employé en arabe dans les deux cas. L'hypothèse serait plus plausible si nous avions deux mots arabes différents pour « vague » et « courant ». Pour ma part, je pense que ce texte est plutôt poétique et décrit la situation de l'incroyant vis-à-vis de Dieu. Mais en supposant que le Dr Torki ait raison et ,qu'effectivement le Coran avait l'intention de faire état longtemps à l'avance de sa connaissance de ce qui se passe au fond des mers, il faut remarquer que cette même connaissance apparaît déjà dans la Torah Ancien-Testament.

Deux textes le prouvent, celui de Jonas et les Zabür de David.

Après que Jonas (Yunus), qui prophétisa en 750 avant J.-C., fut englouti par le poisson, il décrivit ainsi ce qu'il vit :

« Jonas, dans les entrailles du poisson, pria l'Eternel son Dieu.

Il dit :

Tu m'as jeté dans un bas-fond au coeur des mers, et les courants d'eau m'ont environné ; toutes tes vagues et tous tes flots ont passé sur moi. Et moi je disais : Je suis chassé loin de tes yeux ! Mais je contemplerai encore ton saint temple. Les eaux m'ont couvert jusqu'à la gorge, l'abîme m'a enterré, des joncs se sont noués autour de ma tête. Je suis descendu jusqu'aux ancrages des montages, les verrous de la terre m 'enfermaient pour toujours. Mais tu m as fait remonter vivant du gouffre, Eternel, mon Dieu ! » (Jonas 2.1, 3-6)

Le mot hébreu traduit par « courants » est nahar. II peut également signifier « rivière » comme en arabe. « Vagues » et « flots » sont, en hébreu, deux mots différents - presque synonymes, sauf que la racine du mot traduit par « flots » indiquerait plutôt les grosses vagues d une tempête.


Un peu plus tôt déjà, en 1000 avant J.-C. ou 1600 avant l'Hégire, le prophète David écrivit les Psaumes (Zabür dans la langue du Coran) sous l'inspiration du Saint-Esprit. Dans l'un des grands psaumes de louange, David s'écrie :

« Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui ?

Et le fils de l'homme, pour que tu prennes garde à lui ?...

Tu lui as donné la domination sur les oeuvres de tes mains ;

Tu as tout mis sous ses pieds...

Les oiseaux du ciel, et les poissons de la mer,

Tout ce qui parcourt les courants marins. »

(Psaume 8.5, 7, 9)


L'expression « parcourt les courants marins » peut n'être qu'une répétition poétique de la ligne précédente. Mais, de toute façon, elle décrit, au même titre que l'observation de Jonas, ce que l'on sait aujourd'hui des courants océaniques.

3. Le non-mélange des eaux salées et des eaux douces

Dans la Sourate du Très Miséricordieux (AI-Rahmân) 55.19-21, de la période mecquoise primitive, il est fait mention d'une « barrière » entre deux sortes d'eaux : « Il (Dieu) a donné libre cours aux deux ondes, pour qu'elles se rencontrent ;comme il y a entre les deux une zone intermédiaire, elles ne s'en veulent pas. Eh bien , vous deux, lequel des bienfaits de votre Seigneur traiterez-vous de mensonge ? »

Le mot traduit ici par « zone intermédiaire » (barzakh ) signifie « intervalle », « barrière », « fossé », « barre », « obstruction », « isthme ».


La Sourate du Discernement (AI-Furqân) 25.53, de la période mecquoise primitive, donne une description plus détaillée du même phénomène :

« Et c'est Lui qui donne libre cours aux deux ondes : celle-ci, douce, rafraîchissante, celle-là, salée, amère. Et assigne entre les deux une zone intermédiaire et barrage barré. »


La dernière expression est traduite très littéralement et souligne l'absolue interdiction de communication. La traduction du Dr Masson indique : « ... une barrière, une limite infranchissable. »


Le Dr Bucaille passe rapidement sur cet aspect 7, mais le Dr Torki y consacre deux pages et demie 8. Il engage une discussion poussée sur les phénomènes d'osmose. et déclare que le phénomène a été vérifié en laboratoire sur des tubes en U et des rnembranes semi-perméables. En guise de conclusion il affirme : « Muharnmad n'avait ni laboratoire, ni équipements de recherches pour pouvoir découvrir tous ces mystères et percevoir cette barrière clairement citée dans le Coran. Ceci prouve encore une fois que ce Livre n'est pas écrit de main d'homme, mais qu'il est la parole de Dieu l'Unique. »


Mais, à nouveau, ne sommes-nous pas devant un phénomène qui ressort de la simple observation de la nature ? Le Coran ne présente-t-il pas simplement un fait connu pour souligner la bonté du Seigneur ? Tous les pêcheurs qui jettent leurs filets ou l'hameçon dans l'embouchure de rivières qui viennent rnourir dans des mers (salées) ignorent-ils ce fait ?




Pendant qu'il était au service de Khadidja, Muhammad s'était rendu. à la tête de caravanes, jusqu'à Alep, au nord de Damas en Syrie.

N'y a-t-il pas pu. Lors de ces voyages, longer la côte du liban ou de la Syrie, parler à des pêcheurs tres bien informés du non-mélange des eaux douces et des eaux salées, à l'embouchure des rivières qui se jetaient dans la Méditerranée ?


Dans son deuxième ouvrage, le Dr Bucaille fait l'éloge des peuplades primitives pour leur habileté à observer et à classer :

« Les naturalistes disent combien ils sont frappés par la justesse avec laquelle certaines peuplades aux moeurs primitives, n'ayant reçu aucun enseignement extérieur dans ce domaine, réussissent néanmoins à départager les espèces animales qui les entourent, réalisant un inventaire digne, à peu de choses près, d'un expert. » 9


Il est sans doute juste d'affirmer que si ces hommes étaient capables d'observer, avec tant de justesse, les animaux, ils pouvaient sans doute aussi observer d'autres phénomènes naturels qu'ils constataient, tel que celui du non-mélange des eaux douces et des eaux salées.

Sincèrement, vouloir interpréter ces versets comme la preuve d'une connaissance scientifique exacte qu'aurait eue le Coran risque de poser plus de problèmes que cela n'en résoud. Car on pourrait faire intervenir la notion de précision ou d'exactitude de la mesure. La formulation « barrière et barrage barré » s'apparente fort à une interdiction absolue ! Devons-nous comprendre alors ces versets de la façon suivante : « Les eaux ne se mélangeront jamais ! » ?


Il n'y a ni barrage, ni membrane semi-perméable placée dans la mer pour empêcher le mélange. Les eaux finissent bien par se mélanger.

Un ami, qui est aussi un homme de science, explique ce fait ainsi :

« Au moment où l'eau de la rivière entre dans la mer, elle repousse l'eau salée ; les deux eaux sont momentanément et physiquement distinctes mais il n'y a en aucune façon une barrière. Sous l'angle thermodynamique ou énergétique, le mélange est un processus spontané, immédiat, hautement favorisé par des considérations d'entropie. La seule « barrière » est d'ordre cinétique, car il faut un certain temps pour mélanger une telle masse de liquide. »


Le Dr Bucaille admet ce fait. Aussi ajoute-t-il une explication, un autre petit « présupposé ». Il écrit : « Le mélange des eaux (douces avec les eaux salées) ne s'opère pour eux parfois que loin au large. »

Le Problème Théologique
Sous-jacent à cet effort de présenter le Coran comme possédant une connaissance anticipée de la science moderne, se cache un problème d'ordre théologique. La plupart de ces descriptions coraniques sont appelées des « signes ». Si le Coran leur attribue la valeur de signes, ils devaient évoquer des choses connues ou au moins être intelligibles pour les premiers auditeurs de Muhammad lorsque le Prophète leur en parlait, sans quoi le signe n'en aurait pas été un.


Dieu est Tout-Puissant et peut tout faire, excepté pécher. C'est pourquoi il peut parfaitement révéler un fait qui non seulement était inconnu, mais ne pouvait pas être connu au moment de sa révélation, sans que cela soit nécessairement un signe.


Nous en avons un bel exemple dans la bouche de Job :

« Il étend le septentrion sur le vide, il suspend la terre sur le néant » (Job 26.7).

Pour autant que nous puissions le présumer, Job ne pouvait exprimer une telle vérité que par une révélation de Dieu.


Citons encore un autre exemple :


« Tu auras un endroit à l'écart, hors du camp, et c'est là dehors que tu sortiras. Tu auras parmi ton bagage un outil, et quand tu t'accroupiras au dehors, tu feras un creux, puis tu reviendras après avoir couvert tes excréments. Car l'Eternel ton Dieu, marche au milieu de ton camp pour te protéger et pour te livrer tes ennemis devant toi ; ton camp sera donc saint... » (Deutéronome 23.13-15).


Tout lecteur reconnaîtra le bien-fondé de ce commandement qui est en parfait accord avec les connaissances scientifiques et les plus élémentaires recommandations d'hygiène publique. Entre parenthèse, on peut se demander pourquoi ce commandement n'a pas été repris dans le Coran, alors que tant de musulmans prétendent qu'il a conservé tout ce qu'il y avait de valable des livres saints antérieurs ! Ces simples précautions empêchent la propagation de maladies par les mouches. Le commandement lui-même n'explique pas sa raison d'être. I1 déclare simplement que le camp devait rester saint aux yeux de Dieu. Aucun de ces exemples, qui ont un caractère scientifique, n'est appelé « signe » par Dieu, l'Unique Eternel, dans la Torah­Ancien Testament.


Signes

Jésus déclara que les miracles de guérison, qu'il appelait des oeuvres, étaient des signes destinés à amener les gens à croire en lui.

« Si je ne fais pas Ies oeuvres (miracles) de mon Père, ne me croyez pas ! Mais si je les fais, quand même vous ne me croiriez pas, croyez à ces oeuvres, afin de savoir et de reconnaître que le Père est en moi, et moi dans le Père » (Jean 10.37-38).

« Si je n'avais pas fait parmi eux les oeuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché. Maintenant ils les ont vues, et ils ont haî, et moi et mon Père » (Jean 15.24).


Muhammad avait affirmé que le désert, qui reverdissait après la pluie, constituait un signe devant amener les gens à croire à la résurection et au jugement. Voici ce que dit la Sourate de Fer (AI-Hadid) 57.17, de l'an 8 post-hégérique :

« Sachez qu'en vérité Dieu donnela vie à la terre une fois morte ! Certes, nous vous avons exposé les signes ! Peut-être comprendriez-vous ? »

Dans la Sourate mecquoise tardive, intitulée Sourate des Bestiaux (AI-An`am) 6.67, il est dit :

« Pour chaque annonce, un repère. Et bientôt vous saurez. »

Dans Job 28.23, 25-28, le « poids du vent » est mentionné pour donner une indication de la sagesse de Dieu


« C'est Dieu qui en comprend le chemin,

C'est lui qui en connaît la demeure

.....

Quand il détermina le poids du vent

Et qu'il fixa la mesure des eaux,

Quand iil donna une règle à la pluie

Et une route à l'éclair et au tonnerre,

Alors il vit la sagesse et la manifesta,

II en posa les fondements et la scruta jusqu'au fond.

Puis il dit à l'homme :

Voici, la crainte du Seigneur, c'est la sagesse ;

S'écarter du mal, c'est l'intelligence.»


Nous pourrions amorcer une discussion approfondie sur le principe des baromètres pour mesurer le poids de l'air, sur celui des instruments qui mesurent la vitesse du vent.


Telle n'était pas la préoccupation de Job. Il énumérait ces faits de la nature pour illustrer la sagesse de Dieu.

Qu'en tirer pour nous au XX° siècle ? Job fait-il oeuvre d'anticipation en matière de science ? Certainement pas ! Les paroles de Job traduisent des faits d'observation courante : n'importe qui pouvait avoir ressenti le souffle de la brise sur son visage ou vu se gonfler les voiles des navires sous l'effet du vent.


Dans tous ces cas, depuis les miracles de Jésus jusqu'au poids du vent, en passant par le désert fertilisé par la pluie, le signe était perçu par les auditeurs et signifiait quelque chose pour eux.

Mais il y a problème lorsque quelque chose qui est présenté comme un signe fait appel à des connaissances inaccessibles pour les auditeurs.


Il est inconcevable qu'un prophète se serve de quelque phénomène obscur, mal connu sinon inconnu par son auditoire pour illustrer ou souligner son message. Quel effet aurait pu produire l'évocation d'un tel « signe » sur le coeur ou l'intelligence des auditeurs ?

Dieu donne au prophète des illustrations simples et naturelles, compréhensibles pour tous ceux qui écoutent.


Si l'allusion aux courants sous-marins n'évoquait absolument rien pour les habitants de la Mecque ou de Médine, quel impact pouvait donc avoir l'expression « vague sur vague » pour eux ? Soit ils l'interprétaient d'une manière poétique, en comparant le sort du pécheur devant Dieu à ces ténèbres profondes, soit ils ne la comprenaient pas. Dans ce cas, elle ne pouvait avoir valeur de signe pour eux.


Il est théoriquement possible qu'un verset ait deux significations : une signification évidente, simple, accessible à tous les auditeurs du prophète, et une autre, plus secrète, plus complexe, destinée aux lecteurs d'une autre époque. C'est peut-être ce à quoi le Dr Bucaille et le Dr Torki faisaient allusion lorsqu'ils étudiaient les données coraniques sur « les courants sous-marins » ou sur « le non-mélange des eaux ». Quoi qu'il en soit nous verrons dans la section suivante quelques versets du Coran qui semblent vraiment comporter des erreurs et ce, depuis qu'ils ont été donnés, il y a quelque 1400 ans. Cela pose un difficile problème théologique.

La terre, les cieux et les jours de la création (6 ou 8)

1. Les montagnes
Aux pages 180-182 de son livre, le Dr Bucaille consacre une section au « relief terrestre ». I1 y commente ainsi les versets coraniques décrivant les montagnes :

« Les géologues modernes décrivent des plissements du sol, faisant prendre assise aux reliefs, et qui ont des dimensions variables allant jusqu'au kilomètre ou même à la dizaine de kilomètres. De ce phénomène de plissement résulte une stabilité de l'écorce terrestre. »

Les versets qui sont examinés et qui ont trait aux montagnes sont les suivants : la Sourate des Prophètes (AI-Anbiyâ' ) 21.31 , de la période mecquoise intermédiaire :

« Et Nous avons assigné des montagnes à la terre, parce qu'elle aurait bougé, et les gens avec. »

La Sourate des Abeilles (Al-Nahl ) 16. 15, période mecquoise tardive :

« Et Il a jeté des montagnes sur la terre, parce qu'elle aurait bougé et vous avec... »

La Sourate de Luqmân 31.10, période mecquoise tardive :

« I1 a créé les cieux sans piliers que vous puissiez voir ; et II a jeté des montagnes dans la terre, parce qu'elle avait bougé et vous avec... »

La Sourate de la Nouvelle (Al-Naba' } 78.6-7, période mecquoise primitive :

« N'avons-Nous pas désigné la terre pour berceau et les montagnes pour piquets de tente ? » (comme des pieux qui fixent une tente dans le sol, Bucaille, p. 182).

La Sourate de l'Enveloppant (Al-Ghâshiya) 88. 17,19, période mec­quoise primitive :

« Ne regardent-ils pas... les montagnes comme elles sont dressées ?»

Ces versets expriment clairement la conception suivante : Dieu a placé (ou même jeté) les montagnes sur la terre comme des piquets de tente pour empêcher la terre de bouger. On pourrait encore admettre que l'expression « jeter les montagnes » puisse être poétique, mais déclarer que les montagnes empêchent la terre de bouger constitue une « difficulté ».

Voici la réponse d'un professeur de géologie, le Dr David A. Young, aux propos du Dr Bucaille cités au début de cette section :

« S'il est bien vrai que de nombreuses chaînes de montagnes sont constituées de plissements rocheux (et effectivement les plissements peuvent atteindre de grandes largeurs), il n'est pas vrai de dire que les plissements rendent la croûte terrestre stable. L'existence même des plissements est la preuve de l'instabilité de la croûte terrestre »1 (caractères gras par l'auteur du présent livre).

En d'autres mots, les montagnes n'empêchent pas du tout la terre de trembler. La formation des plissements montagneux a provoqué et provoque encore des tremblements à la surface de la terre.

Les théories géologiques les plus récentes veulent que la croûte terrestre durcie soit formée de différentes plaques qui glissent les unes par rapport aux autres (à la vitesse approximative de la croissance de l'ongle).

Parfois les plaques se séparent. La plupart des géologues pensent que c'est ce qui explique la séparation du continent nord-américain de l'Europe et du continent sud-américain de l'Afrique.

Ailleurs, les plaques se dirigent les unes vers les autres, se heurtent, se déforment, se plissent et glissent les unes sur les autres. La chaîne montagneuse du Zagros constitue un bel exemple de ce type de formation de montagnes ; le plissement est né à la suite de la collision de la plaque de l'Arabie et de celle de l'Iran. La chaîne de l'Atlas, au Maroc et la chaîne des Alpes sont d'autres exemples de montagnes nées à la suite de la rencontre de plaques terrestres.

En plusieurs endroits du globe, on a observé l'inclination des couches de grès dans certaines coupes de collines. Ces couches, qui étaient horizontales il y a des millions d'années lorsqu'elles ont été déposées au fond des mers, se trouvent maintenant inclinées à 30, 50 et même 90. Le diagramme X présente une formation géologique de ce type.



Ibn Sina' (Avicenne) écrivit, outre le Canon de la Médecine, une encyclopédie des sciences philosophiques Kitab âl Shifa' vers 412 de l'Hégire (1021 ap. J C.) dans laquelle il consigna ses observations sur ces strates. Il ne dit rien au sujet de l'inclinaison des couches, mais explique leur origine :

« Il est possible qu'à chaque reflux des eaux de la mer, une couche était déposée, puisque nous constatons que certaines montagnes se présentent sous la forme d'un empilage de couches successives. Il est même probable que l'argile elle-même dont les montagnes sont formées se présentait aussi sous forme de couches superposées. Une couche a d'abord été déposée, puis longtemps après une autre couche sur la précédente et ainsi de suite... » 2

Parfois les plaques s'accrochent l'une à l'autre et cessent de glisser. Pendant cette phase, de gigantesques forces sont accumulées. Au moment où les forces de friction sont vaincues, il se produit une libération de l'énergie emmagasinée ; l'une des plaques momentanément immobilisée avance alors brusquement et provoque l'onde de choc d'un tremblement. On a calculé récemment que lors d'un des derniers tremblements de terre la plaque terrestre de Mexico a fait un bond de trois mètres.

Lors d'autres tremblements de terre, les plaques s'effondrent ou se soulèvent. En 1923 un tremblement de terre dans la baie de Sagami, au Japon, entraîna la. destruction de la moitié de Tokyo. Dans un chapitre intitulé « Mortalité massive dans la mer », Brongersma-Sanders décrit les modifications géologiques dans ces termes :

« Aucun autre tremblement connu n'a provoqué des modifications aussi importantes du fond marin à cet endroit. Dans la partie centrale de la baie de Sagami, `la zone pertubée est étendue, et le fond de la baie s'est effondré de 140 m à l'extrémité nord-ouest, de 180 m au centre et de 200 à 210 m à l'extrémité sud-est. Dans la portion nord-est, le soulèvement maximum atteint 250 m et dans la portion sud-ouest, 100 m' (chiffres tirés de Davidson, 1931, p. 94). »3

Ibn Sina', bien qu'il ait cru que les tremblements de terre étaient dus à des vents souterrains, n'en décrivait pas moins avec une grande exactitude les effets mentionnés ci-dessus :

« La formation des sommets est due (a) à une cause essentielle..., le vent, qui engendre les tremblements de terre, soulève une partie du sol et un sommet surgit... » 4

Les volcans constituent un autre type de montagnes. La lave et les cendres sont propulsées de l'intérieur de la croûte terrestre et s'accumulent en montagnes, qui surgissent parfois du sein des mers. Les îles Hawaï sont des sommets volcaniques dont la base repose à 1500 m sous le niveau de la mer. Le cratère de Mauna Kea s'élève à 4200 m au-dessus de la mer.

Parfois les volcans entrent en activité violente ; ils explosent. C'est ce qui s'est produit dans le Pacifique Sud, en 1883, quand l'île de Krakatoa disparut, entraînant la mort de 36 000 personnes. En d'autres circonstances, l'éruption volcanique s'accompagne de tels tremblements de terre localisés que toutes les villes avoisinantes sont totalement détruites. La ville de Catania, près du mont Etna, en Sicile, a connu huit destructions au cours de l'histoire. Ce sommet qui culmine à 3000 m est toujours en activité. En 1983, plus de 200 secousses furent dénombrées au cours d'une éruption prolongée ; l'écoulement des laves provoqua la destruction de nombreux villages.

Que conclure ? La formation des montagnes à l'origine s'est accompagnée de grandes pertubations et de violentes secousses. Aujourd'hui, certains tremblements de terre sont dûs à la poursuite de leur formation. Quand les plaques souterraines se déforment au contact les unes des autres, il se produit des tremblements de terre. Quand les volcans entrent. en éruption leur activité peut s'accompagner de tremblements de terre.

Le Dr Torki étudie, lui aussi, ces versets5. Son désir de trouver une explication scientifique à des textes difficiles est méritoire ; mais cette fois-ci il a succombé. Lui aussi, à la tentation de citer un verset hors de son contexte pour pouvoir déclarer qu'il y a concordance entre le Coran et la science moderne.

Au terme de plusieurs paragraphes consacrés à l'étude du mouvement des plaques de la croûte terrestre (en précisant que la vitesse de déplacement de ces plaques atteint quelques cm par an), il affirme que ce phénomène était parfaitement annoncé et décrit par le Coran, dans la Sourate des Fourmis (Al Nam1 ) 27.88, de la période mecquoise intermédiaire :

« Et tu verras les montagnes ! Tu les compteras pour figées, alors qu'elles marcheront de la démarche du nuage. »

Mais si nous rattachons ce verset au contexte du verset précédent, nous constatons d'emblée que sa signification en est modifiée :

« Et le jour où l'on soufflera dans la trompe ! Puis ils seront effrayés, tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, sauf qui Dieu veut ! Et tous viendront à Lui en s'humiliant. Et tu verras les montagnes ! Tu les compteras pour figées, alors qu'elles marcheront de la démarche du nuage. »

L'allusion aux trompettes retentissantes, à la frayeur qui s'emparera des habitants des cieux et de la terre, indique clairement que ces versets s'appliquent aux cataclysmes qui accompagneront la période des jugements, au cours desquels les montagnes elles-mêmes seront ébranlées jusque dans leurs fondements. Il est donc très peu probable que cette description ait quelque chose à voir avec les théories géologiques contemporaines. Précisons encore que la plupart des nuages avancent à une vitesse supérieure à quelques centimètres par an !

Il est possible que des auteurs musulmans, des théologiens et des hommes de science élaborent de nouvelles théories et posent de nouveaux présupposés sur la formation des montagnes, qui puissent les satisfaire, mais il faut reconnaître que cette question des montagnes pose problème.



2. Les sept cieux
En plusieurs endroits, le Coran mentionne les « sept cieux ».

Le Dr Torki en fait l'inventaire suivant :

La Sourate de Noé (Nüh ) 71.15-16, période mecquoise primitive :

«N'avez-vous pas vu comment Dieu a créé les sept cieux posés les uns sur les autres ? Et y a désigné la lune comme lumière, et désigné le soleil comme lampe ? »
Sourate de la Royauté (Al Mulk ) 67.3, période mecquoise intermédiaire :

« Celui qui a créé les sept cieux posés les uns sur les autres... »
Sourate des Croyants (Al Mü'minün) 23.17, 86, période mecquoise tardive :

« Et très certainement Nous avons créé, au-dessus de vous, sept voies. Et Nous ne restons pas inattentif à la création »
« Dis : Qui est le Seigneur des sept cieux, et le Seigneur du grand trône ? »
Sourate des Détaillés (Ha Mim Al Sajda) 41.12, période mecquoise tardive :

« En deux jours, Il les décréta septs cieux, et révéla à chaque ciel son affaire. »
Sourate du Voyage nocturne (Al Isrâ'), an 1 avant l'Hégire :

« Les sept cieux, la terre et tout ce qui s'y trouve célèbrent ses louanges » (trad. D. Masson).
Sourate de la Vache (Al Baqara) 2.29, an 2 après l'Hégire :

« C'est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre. Puis Il s'est établi vers le ciel, et Il en a arrangé sept cieux. Et Il connaît toute chose .»
On pourrait facilement concevoir que ces versets sont essentiellement poétiques ; mais le Dr Torki s'efforce de montrer qu'ils expriment une connaissance des données astronomiques modernes 6.

Il coupe l'espace qui est au-dessus de la terre en sept tranches. La première est constituée de l'atmosphère terrestre qui atteint une hauteur de 40 km : c'est le premier ciel. Il multiplie ensuite l'épaisseur de l'atmosphère terrestre par 10 000 et définit ainsi le ciel lunaire, ou deuxième ciel. En multipliant à son tour l'épaisseur de celui-ci par 10 000, il obtient le troisième ciel, ou ciel solaire. En poursuivant son opération de multiplication par 10 000 chaque fois, il propose le « ciel des plus proches étoiles », le « ciel galactique » (qui a les dimensions de notre galaxie), le « ciel des plus proches galaxies » et pour terminer le « ciel cosmique ».

Ce schéma fournit évidemment les sept divisions, mais il ne résiste pas à un examen attentif. On pourrait encore admettre que l'atmosphère autour de la terre soit le premier ciel et tout le reste le second. Toute autre subdivision reste arbitraire, car au-delà de l'atmosphère terrestre, l'espace est continu et qualitativement identique à lui-même, comme le reconnaît d'ailleurs Torki.

C'est donc faire un présupposé que de séparer l'espace continu en ciel lunaire et ciel solaire.

C'est encore faire un présupposé que de différencier le soleil, qui est une étoile, des autres étoiles proches ou de la galaxie qui le contient.

C'est toujours faire un présupposé que de désigner notre galaxie de ciel , et les autres galaxies, d'autre ciel.

Même le nombre 10 000 par lequel toutes les dimensions ont été multipliées est un présupposé tout à fait arbitraire ; aucune raison scientifique n'est fournie pour expliquer ce choix ; il n'a d'ailleurs aucun rappport avec les nombres spirituels tels que « 7 » ou « 19 » mentionnés ailleurs par le Dr Torki.

L'erreur ne réside pas dans le fait des présupposés. La raison d'être de ce chapitre est plutôt de montrer que nous en faisons tous. Mais ces présupposés ne s'avèrent pas convaincants.

Ce qu'il faut souligner davantage, c'est que, d'un point de vue musulman l'hypothèse du Dr Torki ne s'accorde pas avec l'affirmation des versets suivants :

Sourate des Rangés en rangs (Al-Sâffat) 37.6, de la période mecquoise primitive :

« Oui, Nous avons décoré le ciel le plus proche d'un décor d'étoiles (kawâkib).
Sourate des Détaillés (Hâ Mim Al-Sajda) 41.12, période mecquoise tardive :

« En deux jours donc, Il les décréta sept cieux, et révéla à chaque ciel son affaire. Et Nous avons décoré le ciel le plus proche, de lampes, (masâbih ) et d'une garde... »
Sourate de la Royauté (A1-Mulk ) 67.3, 5, période mecquoise intermédiaire :

« Celui qui a créé sept cieux, posés les uns sur les autres... Et très certainement Nous avons embelli de lampes le ciel le plus proche... »
A la page 118 de son livre, le Dr Torki assimile ces « lampes », que le Coran situe dans le plus proche des sept cieux, aux étoiles7, ce qui contredit sa propre division hypothétique de l'espace, puisqu'il place les étoiles dans les cinq cieux extérieurs.

La Bible parle à plus de 700 reprises des cieux. Une seule fois, elle fait état de plus d'un seul ciel. Ce texte se trouve dans l'Evangile-Nouveau Testament où Paul écrit ce qui suit :

« Je connais un homme en Christ qui, voici quatorze ans - était-ce dans son corps ?je ne sais ; était-ce hors de son corps ?je ne sais, Dieu le sait - fut ravi jusqu'au troisième ciel. Et je sais que cet homme... fut enlevé dans le paradis et qu'il entendit des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme d'exprimer » (2 Corinthiens 12.2-4).

L'expression désigne les cieux spirituels et n'a rien a voir avec la création matérielle. Même si le mot « paradis » n'avait pas été employé dans ce passage, on aurait pu identifier le « troisième ciel » à une réalité spirituelle ; car quel intérêt aurait eu ce chrétien à être propulsé à un endroit quelconque de la galaxie ?



Astres flamboyants - Météores et météorites
Nous avons déjà effleuré ce sujet au chapitre II de la première section. Nous allons approfondir cette question maintenant.

Citons tout d'abord les textes du Coran qui mentionnent ces astres.

Sourate des Rangées en rangs (Al-sâffât ) 37.6-10, période mecquoise primitive :

« Nous avons décoré le ciel le plus proche d'un ornement d'étoiles afin de le protéger contre tout démon rebelle. Les démons ne peuvent écouter les Chefs suprêmes, car ils sont harcelés de tous côtés ; ils sont repoussés ; ils subiront un châtiment éternel à moins que l'un deux ne saisisse au vol quelque chose ; mais il serait alors atteint par un bolide flamboyant (shihab thâqib). » (trad. D. Masson).
Sourate des Djinns (Al-Jinn) 72.8-9, période mecquoise tardive :

«Oui, et nous avions touché au ciel, puis nous l'avions trouvé plein d'une forte garde et de bolides (shuhubân,), et nous y prenions siège, aux places assises ,à l'écoute. Mais quiconque prête l'oreille maintenant trouve contre lui un bolide (shihab,) aux aguets. »
Sourate de la Royauté (Al-Mulk) 67.5, période mecquoise intermédiaire :

« Et très certainement Nous avons embelli de lampes (masâbïh) le ciel le plus proche, et Nous les avons désignées comme moyen de lapider (rujüm ) les diables pour qui cependant Nous avons préparé le châtiment de l'enfer-Saïr. »
Sourate Al-Hajr 15. 16-18, période mecquoise primitive :

« Très certainement, Nous avons assigné au ciel des constellations et Nous l'avons embelli pour ceux qui regardent. Et Nous le gardons contre tout diable ennemi (Satan lapidé). A moins que l'un d'eux cherche à en voler l'écoute, un bolide fulgurant (shihâb ) alors le poursuit. »
Sourate de l'Arrivant du soir (Al- Tariq) 86.2-3, période mecquoise primitive :

« Et qui te dira ce qu'est l'arrivant du soir ? C'est l'astre flamboyant (al-najm al-thâqib ).»
Le contexte de ce dernier verset n'apporte aucune information complémentaire sinon la mention « flamboyant ». C'est pourquoi nous l'avons cité pour compléter la liste des références ayant trait à ce sujet.

Du point de vue scientifique la désignation populaire « astre ou bolide flamboyant » s'applique à deux sortes principales d'objets célestes : les météores et les météorites.

A. Les météores.
Ce sont les plus répandus. Ils sont rarement plus volumineux qu'une tête d'épingle. Lorsqu'ils traversent la couche atmosphérique à la vitesse de 30 km/s, ils deviennent incandescents par suite de la friction avec les molécules de l'air et se consument. Les plus petits d'entre eux, ayant moins de 1/20 de mm de diamètre ralentissent leur course sans se consumer et tombent sur la terre sous forme de micro-météorites. On en a retrouvé des traces et certaines de ces particules comportaient un alliage fer-nickel avec une proportion de nickel atteignant 60 %.

En plus de ces météores sporadiques, on connaît des pluies de météores. On pense, sans preuve à l'appui, que ces pluies de météores proviennent des débris d'anciennes comètes. Lorsque la terre traverse cette zone de débris, les météores qui apparaissent suivent des trajectoires parallèles, même s'ils semblent plutôt se disperser, à la manière d'un feu d'artifices, à partir d'un point situé juste au-dessus de l'horizon. D'après Robert Hutchinson, conservateur des météorites au British Museum, ces météores seraient constitués d'eau sous forme de glace, d'ammoniaque gelé, de méthane et de gaz carbonique également gelés 8.

Yusuf Ali, Pickthall et Hamidullah ont tous indiqué, soit directement dans leurs traductions, soit dans des notes explicatives, que le mot arabe d'origine se référait à des météores.

B. Météorites.
Ce sont des débris solides de matière qui sont capables de traverser les couches de l'atmosphère et atteindre le sol. Au moment de la traversée des couches atmosphériques à grande vitesse, la matière périphérique fond et s'écoule. Ainsi s'explique leur apparence d'étoiles filantes. Peut-être est-ce à ces météorites que le texte du Coran cité plus haut fait allusion (le visitant du soir, astre flamboyant).

Il existe trois types principaux de météorites :

les holosidères ou holosidérites composés uniquement de fer nikelé,
les météorites pierreuses ou aérolithes, composées essentiellement de silicates,
les sidérolithes ou lithosidérites présentant des quantités égales de silicates et de fer nikelé. Le spectre de lumière émise par les météorites est identique à celui de la lumière émise par des astéroïdes observés au télescope. De plus, le calcul de l'orbite effectué sur trois météorites observés durant leur chute dans l'atmosphère confirme la théorie couramment acceptée : la plupart des météorites proviennent de la ceinture d'astéorïdes.
La difficulté ne réside pas au niveau de l'aspect scientifique ni de la composition des météores et météorites. Le problème, c'est de savoir de quoi parle le Coran ! Le mot « rajim » , traduit généralement par « maudit » dans les traductions modernes vient du verbe « lapider ». C'est ainsi que le professeur Hamidullah traduit la Sourate 67.5 :

« Et Nous les avons désignés comme moyens de lapider les diables... »

Comment comprendre alors ces textes qui décrivent Dieu jetant des météores, qu'ils soient composés de dioxide de carbone ou de l'alliage ferro-nickel, sur des diables non matériels qui prêtent I'oreille aux délibérations du conseil céleste ? Comment interpréter les trajectoires parallèles des pluies de météores ? Représentent-ils un régiment de diables bien alignés ? Questions ardues.



Contradictions chronologiques
a) Les jours coraniques de la Création
Au chapitre II de la première section, nous avons déjà abordé la question du sens du mot « fumée » en relation avec les jours de la création. Nous allons maintenant nous intéresser de plus près au nombre des jours de la création et à leur succession. Sept textes parlent de la création des cieux et de la terre par Dieu, en six jours : 7.54 ; 10.3 ; 11.7 ; 25.59 ; 32.4 ; 50.38 et 57.4. Il nous suffira de citer la Sourate de Jonas (yunus) 10.3, de la période mecquoise tardive, car elle résume les données fournies par les autres textes.

« Oui, votre Seigneur est le Dieu qui créa les cieux et la terre en six jours ; puis Il s'établit sur le trône, administrant le commandement. Il n'y a d'intercesseur qu'après permission de Lui. Voilà Dieu, votre Seigneur. Adorez-Le donc. »
Nous n'avons rien à redire à cette affirmation. Mais la Sourate tardive des Détaillés ( Ha-Mim Al-Sajda) 41.9-12 rapporte différemment le récit de la création :

« Dis : Serez-vous incrédules envers celui qui a créé la terre en deux jours ? Lui donnerez-vous des égaux ? C'est lui le Seigneur des mondes ! Il a fixé sur la terre des montagnes comme des piliers. Il l'a bénie. Il y a réparti en quatre jours exactement, des nourritures pour ceux qui en demandent. »
« Il s'est ensuite tourné vers le ciel qui était une fumée, et lui a dit, ainsi qu'a la terre : `Venez, tous deux, de gré ou de force !' »
« Ils dirent : `Nous venons, obéissants !' »
« II a établi sept cieux en deux jours. Il a révélé à chaque ciel ce qui le concerne. Nous avons décoré le ciel le plus proche de luminaires et de gardiens : tel est le décret du Tout-Puissant, de celui qui sait ! »
Point n'est besoin d'être un génie en mathématiques pour se rendre compte, à la lecture de ce passage, que Dieu a fait la terre en deux jours, et la nourriture nécessaire à toutes les créatures, en quatre jours. Six jours ont ainsi été consacrés à la création. Mais ensuite seulement, après que les montagnes et la nourriture - probablement plantes et animaux - furent créés, Dieu créa les sept cieux en deux jours. Le total des jours de la création atteint donc huit.

Nous sommes donc apparemment en présence d'une contradiction.

A sept reprises, le Coran avait affirmé que Dieu avait créé la terre et les cieux en six jours. La Sourate 41 prétend que la création a duré huit jours. Comment concilier les deux versions du même événement ? Conformément au principe énoncé par Aristote, et rappelé à la fin du chapitre II de la deuxième section, nous accorderons le bénéfice du doute à l'auteur et non au lecteur que nous sommes.

C'est pourquoi il semble logique d'émettre le présupposé que dans la pensée de Muhammad, certains de ces jours se superposaient, et que le total des jours de la création n'excédait pas six. Il n'en demeure pas moins que subsiste le problème de la formation, du refroidissement de la terre, de l'apparition de la nourriture, avant la formation des cieux.

Cette séquence de l'oeuvre créatrice apparaît aussi dans la Sourate de la Vache (AI Baqara) 2.29 :

« C'est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre. Puis Il s'est établi vers le ciel, et Il en a arrangé sept cieux. »
Je laisse à d'autres le soin de trouver une solution à ce problème.

b) Les jours bibliques de Jonas
Il se trouvera peut-être quelque lecteur qui se demande pourquoi je consacre tellement de temps à un fait qui a si peu d'importance ! Tout simplement parce que le Dr Bucaille consacre une page entière9 pour souligner un problème chronologique similaire dans l'Evangile- Nouveau Testament.

Voici ce qu'il écrit :

« C'est peut-être chez Matthieu qu'on trouve l'invraisemblance la plus caractérisée et la moins discutable de tous les évangiles qu'un de leurs auteurs ait mis dans la bouche même de Jésus. Il raconte ainsi, en 12.38-40, l'épisode du si gne de Jonas :

Jésus est au milieu des scribes et des pharisiens qui s'adressent à lui en ces termes : « Maître, nous voudrions que tu nous fasses voir un signe.» , Jésus leur répondit : « Génération mauvaise et adultère qui réclame un signe ! En fait de signe, il ne lui sera pas donné d'autre que le signe du prophète Jonas. Car, tout comme Jonas fut dans le ventre du monstre trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l'Homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits » (traduction TOB).
Jésus annonce donc qu'il restera en terre « trois jours et trois nuits ».

Le Dr Bucaille poursuit en montrant que d'après l'évangile de Matthieu, Jésus a été crucifié un vendredi, qu'il est resté dans le tombeau la nuit de vendredi, la journée de samedi, la nuit de samedi et qu'il est ressuscité tôt le dimanche matin. II y a donc bien partiellement trois jours, mais seulement deux nuits.

Jésus avait prophétisé qu'il mourrait et qu'il serait dans le sein de la terre trois jours et trois nuits, à la fin de l'hiver ou au début du printemps de l'année 29, juste avant la Pâque juive.

Environ six mois plus tard, il reparla de sa mort dans ces termes précis :

« Jésus commença dès lors à montrer à ses disciples qu'il lui fallait aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, être mis à mort et ressusciter le troisième jour » (Matthieu 16.21).
Une semaine ou dix jours plus tard, Jésus répéta la même prophétie (Mt 17.22-23). Enfin, environ dix jours avant la Pâque, il déclara :

« Voici : nous montons à Jérusalem et le Fils de l'homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu'il se moquent de lui, le flagellent et le crucifient, et le troisième jour, il ressuscitera » (Matthieu 20.18-19).
Le Dr Bucaille ne peut admettre que les expressions « le troisième jour » et « trois jours et trois nuits » puissent recouvrir la même signification. I1 voit donc là une grande contradiction ! Peu lui importe que Jésus ait annoncé d'avance sa mort et sa résurrection. Le point important, c'est que Jésus s'est trompé dans ses calculs !

Mais sommes-nous si sûrs que Matthieu ait tort ? Ne devons-nous pas d'abord accorder le bénéfice du doute à l'auteur et nous demander ce que Matthieu et Jésus et d'autres écrivains du premier siècle entendaient par « trois jours et trois nuits » ou par « le troisième jour » ?

D'après A.T. Robertson10, « Les Juifs avaient la coutume bien connue de compter une partie d'un jour comme un jour entier... Ainsi, une partie du dimanche comme un troisième jour. »

Cette habitude est encore répandue en Afrique du Nord. Si j'interroge un malade, qui souffre depuis samedi soir et vient me consulter le lundi matin : « Depuis combien de temps souffrez-vous ? » ; il me répondra invariablement « trois jours », même si, en réalité, cela fait moins de 48 heures. Cette conception de la durée correspond à celle que partageait Jésus dans l'Evangile.

Ajoutons que si le Dr Bucaille avait lu attentivement l'Evangile de Matthieu, il aurait trouvé une troisième allusion qui donne la réponse. Nous lisons en Matthieu 27.62-64 :

« Le lendemain, qui était le jour de la préparation, les principaux sacrificateurs et les pharisiens allèrent ensemble trouver Pilate et dirent : Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, quand il vivait encore : « Après trois jours, je ressusciterai » . Ordonne donc qu'on s'assure du sépulcre jusqu'au troisième jour... »
Les ennemis de Jésus placent dans sa bouche l'expression « après trois jours, je ressusciterai ». Cela équivaut à « après trois périodes de 24 h » ou « trois jours ou trois nuits » .

Mais l'auteur prend le soin de donner une expression synonyme, en rapportant le désir des ennemis de voir le tombeau gardé « jusqu'au troisième jour ».

Sur le plan strictement linguistique chacune des trois expressions est parfaitement équivalente aux deux autres. Il n'y a donc aucune raison de refuser le bénéfice du doute à l'auteur.

Enfin, il existe un troisième argument, d'ordre spirituel, qui s'est avéré convaincant pour de nombreux chrétiens.

Tout au début de son ministère public, fin de l'année 26 ou début de l'année 27 Jésus fut invité à une noce à Cana. Marie, sa mère, le supplia de venir en aide à l'hôte qui était à court de vin. Jésus répondit admirablement à l'attente de sa mère et de son hôte, mais il ajouta une remarque : « Mon heure n'est pas encore venue » (Jean 2.4).

Trois ans plus tard, le jeudi soir, juste avant son arrestation, Jésus dit à ses disciples : « C'en est fait. L'heure est venue ; voici que le Fils de l'Homme est livré aux mains des pécheurs » (Marc 14.41).

De quelle heure Jésus parlait-il ? Pour les chrétiens, cette heure exprime les souffrances et la mort de Christ pour leurs péchés. Les souffrances lui furent infligées le jeudi soir, au moment de son arrestation, peu après qu'il eût dit : « L'heure est VENUE » . Cette heure s'est poursuivie avec les coups, la torture et la mise à mort sur la croix, jusqu'à la résurrection.

Entre le moment où Jésus déclara : « Mon heure est venue », le jeudi soir et celui où il ressuscita des morts avec puissance, le dimanche matin, il s'est bien écoulé « trois jours et trois nuits ».

Que le lecteur soit convaincu ou non par ce dernier argument, il faut admettre ceci :

Si on peut poser comme « présupposé » que dans le Coran « huit jours » peuvent signifier la même chose que « six jours » , il n'y a aucune raison de ne pas agir de même pour un texte de la Bible. L'usage courant et le « présupposé » de l'analogie des Ecritures peuvent expliquer que les expressions « trois jours et trois nuits » , « après trois jours » et « le troisième jour » soient strictement équivalentes.

Problèmes en anatomie, en embryologie et en génétique



4. Le lieu de production du sperme
Un de mes amis musulmans m'a cité le texte suivant tiré de la Sourate des Femmes (A1-Nisâ') 4.23, de l'an 5-6 de 1'Hégire :

« Vous sont interdites... les femmes avec qui vos fils nés de vos reins » (sulb ) (en opposition aux fils adoptés)
Pour cet ami, l'affirmation précédente atteste une pré-connaissance qu'avait le Coran de la Science médicale moderne. En effet, nous savons aujourd'hui que les testicules mâles descendent de la zone rénale lors du développement foetal.

En toute logique, nous ne pouvons pas considérer cette explication comme totalement impossible. Cependant, en tant que médecin, je vois difficilement pourquoi Dieu aurait fait référence à un fait si obscur dans un verset qui n'a même pas pour but de discuter d'anatomie comme témoignage du pouvoir créateur de Dieu.

En fait, cette expression n'est qu'une figure de langage. « Nés de vos reins » est un euphémisme pour désigner le siège du sperme reproducteur. Après avoir donné le premier sens de « dur » ou « solide » à ce mot, Wehr1, Kasimirski 2 et Abdel-Nour3 ajoutent tous le sens de « rein » et « colonne vertébrale » comme second sens et ensuite celui de « propre fils, descendant naturel » (ibn sulbihi ) comme exemple métaphorique.

Il existe même un deuxième mot arabe employé pour désigner de la même manière I'origine des enfants. La Sourate de Al-A`râf, de la période mecquoise tardive 7.172 déclare :

« Et quand ton Seigneur prit, des enfants d'Adam, - de leurs reins -, (zuhür, ) leurs descendants... »
Le sens habituel de ce mot en arabe est « dos ». Nous le voyons donc employé pour désigner la force procréatrice ou siège de la vigueur. En fait, d'après les spécialistes du langage, cette façon de s'exprimer était commune à toutes les anciennes cultures du Moyen-Orient.

Prétendre que ce verset démontre la « préconnaissance miraculeuse » du Coran n'est pas très convaincant, car la même façon de s'exprimer est aussi présente dans la Torah. Le mot hébreu khelasim est l'exact équivalent du mot arabe sulb.

C'est cet usage euphémique que font Esaïe 32.11 : « Femmes, mettez une ceinture à vos reins (khelasim) » et Jérémie 30.11 : « Pourquoi ai-je vu tous les hommes les mains sur leurs reins ? »

Lorsque Dieu déclare à Jacob : « Et des rois sortiront de tes reins ( khelasim) »

(Torah, Genèse 35.1 1), ou lorsqu'il dit à David, 1000 ans avant J.-C. : « Ce n'est pas toi qui bâtiras la maison (le temple) ; mais ce sera ton fils, sorti de tes entrailles. ce sera lui qui bâtira la maison à mon nom » (1 Rois 8.19), il se sert du mot khelasim pour désigner le « siège de la vigueur et de la reproduction ».

L'Evangile-Nouveau Testament emploie le mot grec osphus dans ce même sens. Lorsque Pierre évoque dans sa prédication lors de la Pentecôte, la promesse faite au roi David, il déclare :

« ... de faire asseoir un de ses descendants (litt. du fruit de ses reins, osphus) sur son trône » (Actes 2.30).
Mais le véritable problème se situe là où le Coran, contrairement à la Bible se sert du mot sulb dans un verset qui exclut toute interprétation euphémique.

La Sourate de l'Arrivant du soir (Al-Tariq) 86.5-7 de la période mecquoise primitive, déclare :

« Que l'homme regarde donc de quoi il a été créé ! Il a été créé d'une giclée d'eau sortie d'entre lombes (sulb, ) et côtes (tarâ'ib ).
Le texte déclare donc que l'Homme est fait d'une « giclée d'eau » provenant du père adulte au cours de l'acte de reproduction, et que la source de cette « eau » se trouve placée « entre lombes et côtes » .

Manifestement ce verset décrit le moment de l'acte reproducteur et ne peut donc s'appliquer à une phase du développement embryonnaire. De plus, le mot sulb est associé à « giclée d'eau » qui ne peut que s'interpréter d'une manière physique et à tarâ'ib, mot qui désigne la réalité physique de la poitrine, ou du thorax ou des côtes. En conséquence, il faut exclure un sens euphémique au mot sulb. C'est pourquoi nous nous trouvons devant une affirmation selon laquelle le sperme proviendrait de la zone dorsale ou rénale, et non des testicules.

En tant que médecin, le Dr Bucaille est conscient du problème que pose le verset coranique. Il cherche une échappatoire par une gymnastique de l'esprit (ce qu'il reproche d'ailleurs aux commentateurs chrétiens de faire !) et déclare, après avoir cité le verset précédent dans sa traduction exacte :

« C'est plus, semble-t-il, une variante interprétative qu'une traduction. Elle est d'ailleurs peu compréhensible. » 4
C'est déjà la deuxième fois que le Dr Bucaille, qui se heurte à un problème de compréhension, juge le Coran obscur et incompréhensible.

C'est pourquoi nous allons examiner différentes traductions. Il y a celles faites par des musulmans :

Muhammad Hammidullah, traduction française, 1981 (10° édition révisée et complétée) :

« Il a été créé d'une giclée d'eau sortie d'entre lombes et côtes. »
Celles faites par des non-musulmans :

D. Masson, traduction française, 1967 :

« Il a été créé d'une goutte d'eau répandue sortie d'entre les lombes et les côtes. »
Edouard Montet, traduction française, 1967 :

« Il a été créé d'une goutte d'eau répandue, qui sort d'entre l'épine dorsale et les os de la poitrine. »
Le lecteur constatera par lui-même que ces traductions donnent toutes le même sens, même s'il ne comprend pas l'original arabe.

Traduction du Dr Bucaille
Que voudrait proposer le Dr Bucaille ? Il écrit :

« Deux versets du Coran concernent le rapport sexuel proprement dit... Lorsqu'on se rapporte aux traductions et commentaires explicatifs qui en ont été donnés, on est frappé par leurs divergences. J'ai longtemps hésité sur la traduction de ces versets. Je dois celle que je propose au docteur A.K. Giraud, ancien professeur à la faculté de Beyrouth :
«(L'homme) a été formé d'un liquide rejeté. Il sort (comme résultat) de la conjonction des régions sexuelles de l'homme et de la femme. » La région sexuelle de l'homme est désignée dans le texte coranique par le mot sulb (singulier). La région sexuelle de la femme est désignée dans le Coran par le mot tarâib (pluriel).
Telle est la traduction qui paraît la plus satisfaisante. » 5
La comparaison avec les traductions présentées plus haut montre clairement que la suggestion du Dr Bucaille n'est ni une traduction, ni une paraphrase. C'est une « explication » ou une « interprétation » qui repose sur les postulats suivants :

a. Le mot sulb peut désigner la région sexuelle de l'homme. Mais aucun exemple d'un tel usage de ce mot n'est fourni dans l'Islam du premier siècle.
b. L'expression « (comme résultant) de la conjonction » se déduit des deux arabes min bain qui signifient littéralement « d'entre ».
c. Le mot tarâ'ib peut désigner « la région sexuelle de la femme ».
Ce mot n'apparaît qu'une seule fois dans le Coran ; il est donc impossible d'établir sa signification à partir d'un seul emploi du mot considéré.

Les dictionnaires de Wehr, d'Abdel-Nour et de Kasimirski donnent les sens suivants : (a) poitrine ; (b) la partie supérieure de la poitrine, entre les seins et les clavicules ; (c) les côtes. Abdel-Nour ajoute (d) seins, par euphémisme. Le mot peut encore s'appliquer à la partie du cou qui va jusqu'au menton, et désigner, dans le langage poétique, l'emplacement du collier dont se parent les femmes.

Aucun dictionnaire n'étend le sens du mot à la région génitale de la femme ; d'ailleurs, le Dr Bucaille ne cite, à l'appui de son interprétation, aucun exemple tiré de la littérature arabe. II fait manifestement oeuvre originale contre les autres. Il tente de « camoufler » (ses problèmes) par des acrobaties dialectiques » !!!6



5. `Alaqa (caillot ?!?) et autres étapes de la formation du foetus
Le mot arabe `alaqa au singulier ou sous sa forme `alaq comme pluriel collectif désigne six fois dans cinq versets différents du Coran, un stade du développement du foetus. Il est traduit par le mot « caillot » dans les traductions françaises du Coran que j'ai pu consulter.

Sourate de la Résurrection (Al-Qiyâma) 75.37-39, de la période mecquoise primitive :

(L'homme) n'était-il pas goutte de sperme, de semence semée ? Et ensuite, caillot de sang, tel que Dieu à créé puis arrangé, puis fait de lui le couple, le mâle et la femelle ? »
un grumeau de sang - Kasimirski, 1948 7
un caillot de sang - Masson, 1967
un grumeau de sang - Edouard Montet, 1958
un caillot de sang - Hamidullah, 1981
Le singulier est encore employé dans trois autres versets. La Sourate du Croyant (AI-Mü'min) 40.67, de la période mecquoise tardive déclare :

« C'est Lui qui vous a créés de poussière, puis de sperme, puis de caillot de sang (`alaqa ) ; puis Il vous fait sortir bébé pour qu'ensuite vous atteignez vos pleines forces et qu'ensuite vous deveniez vieux, - or tel parmi vous est achevé d'abord - et que vous atteignez un terme dénommé. Et peut-être comprendriez-vous ? »
La Sourate du Pèlerinage (Al-Hajj) 22.5, qui date soit de la période mecquoise tardive, soit de la période médinoise primitive, ajoute quelques détails :

« Ho, les gens ! Si vous êtes en doute au sujet de la résurrection, eh bien, c'est Nous qui vous avons créés de poussière, puis de sperme, puis de caillot (`alaqa, ), puis de chair, formée aussi bien qu'informe, - pour tout vous expliquer- et Nous déposons dans les matrices ce que Nous voulons, jusqu'à un terme dénommé ; puis Nous vous faisons sortir bébés pour qu'ensuite vous atteignez vos pleines forces. Tel d'entre vous est achevé ; tel d'entre vous est reconduit jusqu'au plus vil de l'âge de sorte qu'après avoir su il ne sait plus rien.,» .
Mais l'énoncé le plus complet se trouve dans la Sourate des Croyants (AI-Mü'minun) 23. I2-14, de la période mecquoise tardive :

« Et très certainement, Nous avons créé l'homme d'un choix d'argile, puis Nous l'avons consigné, goutte de sperme, dans un reposoir sûr, puis Nous avons fait du sperme un caillot (`alaqa ) ; puis du caillot (`alaqa) Nous avons créé un morceau de chair ; puis du morceau de chair, Nous avons créé des os ; puis Nous avons revêtu de chair les os. Ensuite Nous avons produit une toute autre créature. »
Tout lecteur familiarisé avec les questions de la reproduction humaine sait qu'il n'existe aucun stade où le foetus aurait été un caillot au cours de son développement. Nous sommes donc en présence d'un réel problème.

Les dictionnaires de Wehr et d'Abdel-Nour n'indiquent, pour le nom féminin singulier `alaqa, que les sens de « caillot » et de « sangsue » ; encore aujourd'hui Aie mot recouvre ces deux sens en Afrique du Nord. Plusieurs malades sont venus me trouver pour que je leur pose des sangsues, et de nombreuses femmes, qui croyaient que le foetus passait par un stade de caillot, sont venues me consulter au dispensaire pour que je leur prescrive un traitement qui les fasse avorter.

Quand je leur disais que je ne pouvais accéder à leur demande parce que je considérais le foetus comme un être humain, elles me répondaient : « Mais ce n'est que du sang ! »

Kasimirski ajoute un troisième sens, celui de lien, ligament, noeud, mais il traduit le mot par « un grumeau de sang » dans sa propre traduction du Coran.

Examinons enfin les premiers versets communiqués à Muhammad à la Mecque.

On les trouve dans la Sourate 96, intitulée `Alaq (caillot ?). Les versets 1 et 2 déclarent :

« Lis, par le nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l'homme d'un `alaq »
Le mot apparaît ici comme un pluriel collectif. Mais cette forme est également celle qui dérive du verbe aliqa qui signifie « être accroché, être suspendu, coller, adhérer, pendre, être attaché ». On pourrait la rapprocher de l'infinitif français considéré comme nom, par exemple « le manger et le boire ». Il faut encore ajouter que la forme verbale peut être enrichie de significations consacrées par l'usage.

Mais les traducteurs consultés plus haut ont délibérement traduit le mot `alaq de ce verset par « sang coagulé » (Ed. Montet), « caillot de sang » (Hamidullah et D. Masson). Dans son célèbre livre Islam publié pour la première fois en 1966, Falzur Rahman traduit aussi par « sang coagulé » 8.

Dans la note 2770 appliquée à ce verset, Maulana Muhammad Ali donne ses raisons :

« `Alaq signifie aussi bien caillot de sang qu'attachement et amour. C'est le premier sens qui est généralement adopté parce qu'il s'apparente à la mention de `alaq dans le processus de création de l'homme tel que d'autres versets du Saint Coran l'indiquent ; de plus, il souligne l'insignifiance de l'homme, à son origine. » 9
En d'autres mots, le sens du mot employé au pluriel collectif est assujeti à celui du mot singulier, bien qu'on puisse être tenté de comprendre et de se servir d'un autre mot qui aurait contourné la difficulté scientifique.

Malgré le nombre et les titres des traducteurs qui ont traduit le mot arabe par « caillot », le Dr Bucaille n'hésite pas à les pourfendre, lorsqu'il écrit :

« Ce qui est davantage susceptible d'égarer l'investigateur est, ici encore un problème de vocabulaire.
En effet, sont toujours répandus à notre époque des traductions et commentaires de certains passages qui peuvent donner aux scientifiques qui les lisent une idée complètement fausse de la Révélation coranique sur le sujet considéré. C'est ainsi que la plupart des traductions évoquent la formation de l'homme à partir d'un « caillot de sang », « d'adhérence » ; un tel énoncé est, pour un scientifique spécialisé dans ce domaine, rigoureusement inadmissible...
Une telle constatation laisse supposer combien capitale va être l'association des connaissances concernant la langue et des connaissances scientifiques pour parvenir à saisir le sens des énoncés coraniques sur la reproduction. »10
Comment le Dr Bucaille conçoit-il la traduction de ce mot ? I1 propose qu'au lieu de « caillot » le mot `alaq soit traduit par « quelque chose qui s'accroche », une allusion au foetus attaché à l'utérus par le placenta 11. C'est possible, et de plus, plus conforme à la vérité scientifique que ne l'est le mot « caillot ».

Même parmi les hommes de science il y a divergence à propos de la traduction du mot `alaq. Le Dr Bechir Torki aborde le problème et traduit ainsi la Sourate 96 :

«Lis par le nom de ton Seigneur qui a créé l'homme d'attaches. Lis, car ton Seigneur est le plus généreux. C'est Lui qui a enseigné par la plume. »12
Le mot « attaches » et ses sens proches tels que « liens », « ligaments » semblent très proches du sens proposé par le Dr Bucaille. Cependant, le Dr Torki en fournit une autre explication, lorsqu'il écrit :

« Il (Dieu) a « créé l'homme d'attaches », non d'une attache et les attaches sont ici exactement ces informations attachées et accrochées, comme nous l'avons expliqué, dans tous les gènes des cellules, notamment dans les gènes portés par le sperme de l'homme d'un côté et ceux portés par l'ovule de la femme de l'autre. Le premier mot « Lis » concerne les informations qui sont contenues dans la première cellule à partir desquelles la structure de l'homme est faite. Le deuxième mot « Lis », concerne le grand Coran que Dieu a enseigné à l'homme par la plume 13.
L'idée est ingénieuse, mais j'ai personnellement du mal à croire que le premier commandement adressé par Dieu à Muhammad ait été : « Lis le code génétique ».

Même en laissant cet argument de côté, l'explication du Dr Torki laisse sans réponse de difficiles problèmes.

Que fera le Dr Torki des autres versets qui utilisent le singulier `alaqa ? Que signifient, même dans notre langage moderne les expressions « d'une goutte de sperme nous avons créé un « code génétique » ; et du code génétique nous avons créé un petit amas de chair » ? Le « code génétique » est dans le sperme, et non créé par lui.

Ces problèmes ne sont pas épargnés au Dr Bucaille, malgré ses efforts pour les camoufler. II écrit, à la page 205 :

« Après `ce qui s'accroche'... l'embryon, dit le Coran, passe par le stade de chair (comme de la chair mâchée), puis apparaît le tissu osseux qui est habillé de chair ».
Cette description semble tout à fait correcte, mais correspond-elle vraiment à ce que dit le Coran `?

Nous allons nous servir de la traduction que propose ce docteur pour le mot `alaqa et l'appliquer au texte :

« puis de la goutte de sperme Nous avons créé (ou façonné) quelque chose qui s'accroche, et de la chose qui s'accroche, Nous avons créé (ou façonné) de la chair mâchée, Nous avons créé (ou façonné) des os, et Nous les avons recouverts de chair. » .
Mais nous vivons au XXe siècle, un siècle caractérisé par les exigences de précision. Où est l'ovule ? La chose qui s'accroche n'est pas formée d'une goutte de sperme. Elle résulte de la rencontre du spermatozoïde et de l'ovule. Certes, ne pas tout mentionner ne constitue pas une erreur. En outre, « la chose qui s'accroche » ne cesse pas de s'accrocher pour devenir « de la chair mâchée ». Elle continue de rester « la chose qui s'accroche » et ce pendant huit mois et demi, jusqu'à la naissance.

D'après ces versets « la chair mâchée » devient os, et ensuite, les os sont recouverts de muscles. Cette idée est répétée dans la Sourate de la Vache (AI-Baqara) 2.259, de l'an 2 de l'Hégire :

« ... Regarde les ossements, comme Nous les ressucitons et les revêtons de chair ! »
Il semblerait, d'après ce verset, que le squelette est formé en premier, puis qu'il est revêtu de chair. Le Dr Bucaille sait pertinemment qu'il n'en est pas ainsi.

Les muscles et les cartilages précurseurs des os sont formés en même temps à partir des somites. A la fin de la huitième semaine, il n'y a encore que peu de centres osseux en formation, et cependant le foetus est déjà capable de quelques mouvements musculaires.

Dans une lettre personnelle du 8.1.87, le Dr T.W. Sadler, docteur ès-sciences, professeur associé du département d'anatomie de l'Université de la Caroline du Nord , Chapel Hill, N.C. 27515, et auteur de Langman's Medical Embryology déclare ceci :

« Huit semaines après la fécondation apparaît le cartilage des côtes, et des muscles se forment. A ce stade on note aussi l'ossification de la base des côtes, ossification qui s'étend progressivement jusqu'au cartilage, vers le quatrième mois. Dès la huitième semaine après la conception, les muscles opèrent des petits mouvements, bien que ce ne soit que vers dix ou douze semaines que ces mouvements soient beaucoup plus perceptibles. »
C'est pourquoi, même en admettant que le stade du somite de la quatrième semaine corresponde à celui de la « chair mâchée », les muscles sont déjà présents plusieurs semaines avant que ne soient formés des os calcifiés. Le problème n'est pas près d'être résolu !

Deux autres traducteurs, au moins, se sont servis d'autres mots pour rendre `alaqa. Dans sa traduction de 1957, Régis Blachère écrit ceci, pour la Sourate 23.14 :

« Nous avons fait de l'éjaculation une adhérence ; de l'adhérence Nous avons fait une masse flasque. De la masse flasque Nous avons fait le squelette, et Nous avons revêtu le squelette de chair. » 14 (Mais il faut noter que le même traducteur a mis « goutte coagulée » en 75.38).
De son côté, Muhammad Asad, dans sa traduction effectuée en 1964 et publiée en 1980 propose :

« Puis, de la goutte de sperme Nous avons créé un germe cellulaire ; puis, du germe cellulaire Nous avons créé une pâte embryonnaire, puis Nous avons créé à l'intérieur de cette pâte embryonnaire des os et Nous avons revêtu les os de chair. »15
Dans une note qui accompagne 96.2, Muhammad Asad suggère que le germe cellulaire `alaqa désignerait l'ovule fécondé.

Le lecteur comprendra, me semble-t-il, que les critiques formulées à l'encontre des autres traductions restent valables pour celles-ci également.

(a) Le sperme ne devient pas une adhérence ni un ovule fécondé sans avoir rencontré, au préalable, un ovule non-fécondé.
(b) Affirmer que `alaqa signifie « germe cellulaire » qui, à son tour, désigne l'ovule fécondé n'est rien moins que poser un présupposé.
(c) Si c'est une adhérence, celle-ci adhère durant toute la grossesse.
(d) Traduire « chair mâchée » par « pâte embryonnaire » et prétendre que les os sont créés « à l'intérieur » de cette pâte plutôt que « de » cette pâte constituent deux présupposés.
(e) Et finalement, le problème de l'existence des os avant les muscles reste entier.
Le problème majeur que posent ces nouvelles définitions du mot `alaqa comme celles du mot sulb, c'est le fait qu'il n'y a aucun exemple d'un tel emploi de ces mots dans l'arabe utilisé au cours des siècles qui ont précédé et suivi l'Hégire. Cette constatation est d'autant plus importante que certains des versets où ces mots sont employés affirment que cette information constitue un signe. C'est ce qu'indique la Sourate du Croyant (AI-Mü'min) 40.67 :

« C'est Lui qui vous a créés de poussière, puis de sperme, puis de caillot de sang ; puis Il vous a fait sortir bébé... Et peut-être comprendriez-vous ? »
De même, dans la Sourate du Pèlerinage (AI-Hajj ) 22.5, il est dit :

« Ho, les gens ! Si vous êtes en doute au sujet de la résurrection (considérez que) c'est Nous qui vous avons créés de poussière, puis de sperme, puis de caillot, puis de chair, formée aussi bien qu'informe... »
La question mérite d'être soulevée : si cette révélation devait constituer un signe pour les hommes et les femmes de la Mecque et de Médine, qu'en ont-ils compris ? Est-ce que `alaqa désignait le sang menstruel qu'ils croyaient coagulé à l'intérieur du corps ?

Cette « chair » que le Dr Bucaille traduit par « chair mâchée » représente-t-elle le petit placenta que beaucoup de personnes ont pu voir lors d'avortements spontanés précoces ? Le foetus n'est généralement pas encore visible sur ces pertes. Rien ne ressemble plus à de la « chair mâchée » qu'un placenta de deux mois.

Quel message pouvaient-ils percevoir dans ces mots ?

Deux hadiths emploient le mot `alaqa.

Le premier hadith dit ceci :

« Ibn Hisham cite Muhammad Ibn Ishaq qui raconte que quelques amis de Muhammad étaient venus le trouver pour lui poser la question : « Prophète d'Allah , parle-nous de toi ».
I1 répondit : « ... J'étais avec un frère d'adoption derrière notre maison, en train de garder le troupeau, quand deux hommes vêtus de blanc et portant un récipient en or rempli de neige, se présentèrent devant moi. Ils se saisirent de moi, coupèrent mon corps en deux, en sortirent mon coeur qu'ils coupèrent également ; ils en ôtèrent un caillot noir (`alaqa) et le jetèrent. Puis ils purifièrent mon coeur et mon corps dans la neige... » 16

Ce hadith ne jouit très probablement que d'un très faible coefficient de fiabilité et ne semble pas concorder avec d'autres sources de renseignements plus solides. II a néanmoins l'avantage d'utiliser ce mot controversé ; dans ce texte le « caillot noir », est une image du péché de Muhammad.

Cet exemple prouve que le mot 'alaqa peut signifier « caillot », mais il ne peut ni confirmer ni infirmer les sens proposés par le Dr Torki, le Dr Bucaille et Muhammad Asad.

Le second hadith se trouve dans les Quarante Hadiths de An-Nawawi. Nous y lisons :

Ce hadith est rapporté d'après Abou-Abd-ar-Rahmân Abd-Allah ibn Mas`ud qui dit : Le Messager d'Allah (puisse Allah répandre sur lui Ses bénédictions et lui accorder Son salut ! ) nous a tenu ce propos, lui, le véridique en tout, le digne de créance :
« La création de n'importe qui d'entre vous s'accomplit en diverses phases dans le sein de sa mère : simple goutte de sperme au début, durant quarante jours, il devient corpuscule qui s'accroche pour une période égale, puis particule de chair (embryon) pendant quarante jours encore. Enfin, un ange est envoyé qui insufle en lui une âme, principe de vie. En même temps, ordre est donné à l'ange de consigner par écrit quatre genres de mentions, à savoir : une concernant son degré de fortune, une autre précisant le terme inéluctable de ses jours, une troisième déterminant ses actions, enfin une quatrième annonçant sa qualité de bienheureux ou de réprouvé dans l'Au­delà. Or ça ! J'en jure par Allah, hors de qui il n'est point d'autre dieu !
I1 pourra fort bien advenir que tel d'entre vous se comportera, à force d'actions vertueuses, en véritable hôte futur du Paradis, au point d'en être distant d'une coudée à peine. C'est alors que se tournant contre lui, les données écrites de son destin le, feront agir en hôte futur de l'Enfer, où il sera un jour précipité. Tel autre, par contre se conduira en homme voué à l'Enfer, au point qu'il n'en sera séparé que d'une coudée. Mais alors jouant désormais en sa faveur, les informations écrites le feront agir en homme voué au Paradis, où il sera effectivement admis. »17
hadith transmis par AI-Bukhari et Muslim.
Nous sommes ici en présence d'un hadith qui est attribué directement à Muhammad, qui est attesté par les meilleures autorités, Bukhari et Muslim ; inclu dans une collection de hadiths par un spécialiste des hadiths, et qui comporte des grossières erreurs scientifiques.

Reprenons les affirmations de ce hadith. La goutte de sperme reste une goutte de sperme pendant quarante jours, au terme desquels se forme un `alaqa pendant quarante jours, ce qui nous amène déjà à quatre-vingts jours complétés par les quarante jours du stade « chair mâchée ». Soit cent vingts jours au total. Les études gynécologiques modernes ont montré que la durée de vie du sperme à l'intérieur des organes génitaux féminins ne dépasse pas une semaine, et que dès le 70° jour se perçoit déjà la différenciation des organes, à l'exception du cerveau et des os. L'affirmation du hadith selon laquelle le foetus ne devient « chair mâchée » qu'après quatre-vingt jours est donc manifestement une erreur scientifique. Le Dr Bucaille fait allusion à ce hadith, mais il conclut : « La description du développement embryonnaire n'est pas conforme aux données modernes. »18

Quoi qu'il en soit, ce hadith ne nous est d'aucun secours dans notre étude du mot `alaqa puisqu'il ne le cite pas dans un autre contexte. Pas plus que par le Coran, nous ne pouvons savoir avec précision s'il désigne un « caillot » ou un « lien » ou « ce qui s'accroche » à partir de l'emploi du mot dans ce hadith.

Il montre cependant clairement ce que croyaient des hommes qui ont vécu 200 ans après Muhamrnad, et cela suffit à soulever d'importants problèmes théologiques liés à tout le hadith.

Le problème théologique
Les erreurs scientifiques contenues dans ce hadith impliquent-elles que les affirmations théologiques de Muhammad soient fausses, elles aussi ?

Si cette erreur scientifique d'un hadith bien attesté prouve que celui-ci se trompe, comment pouvons-nous croire à la fiabilité des autres hadiths, bien attestés également, mais qui ne comportent pas d'erreurs capables de les faire accuser d'être non fiables ?

Mais il y a pire encore. Qui nous prouve que ce hadith n'est pas une transmission fidèle ? Dans ce cas, ne rapporte-t-il pas les mots mêmes et la compréhension qu'avait Muhammad de ces faits scientifiques ?

La traduction est aussi une science
Le Dr Bucaille a tendance à affirmer que tous les traducteurs précédents se sont trompés. II prétend que pour traduire correctement le Coran il faut avoir une solide formation scientifique. Jusqu'à quel point ?

En 1940, je suivais l'enseignement secondaire. On y enseignait la reproduction humaine dans le cadre de la biologie. A l'exception de la génétique les connaissances concernant les organes sexuels mâle et femelle, le sperme, l'ovule et le cycle menstruel étaient identiques à ce qu'elles sont aujourd'hui. Toutes les traductions mentionnées, exceptée celle de Kasimirski, sont postérieures à I938. Le Dr Bucaille pense-t-il sincèrement qu'aucun des traducteurs mis en cause n'avait assez de connaissance scientifique pour comprendre le problème sous-jacent à ces versets ?

Ils ont tous bien vu qu'il y avait une difficulté. Yusuf Ali a rédigé une note détaillée à propos du mot ,sulb, comme étant le siège de la force. II ajoute que « la moelle épinière est le prolongement de la Medulla Oblongata du cerveau. » Voici ce qu'il écrit concernant la Sourate 23.12, citée plus haut :

« ... la matière vivante se reproduit d'elle-même par le moyen du sperme. Celui ci pénètre dans l'ovule et le féconde... L'ovule fécondé se transforme en une sorte de morceau de sang épais coagulé ; les zigotes se segmentent puis le résultat prend forme et se développe en foetus. De cette masse se forment les os, les chairs, les organes et un système nerveux... »19
Une telle formulation traduit un niveau de connaissances médicales acceptable. Pourtant l'expression « morceau de sang coagulé » est manifestement erronée. Ne le savait-il pas ? Certes si, puisqu'il parle, par ailleurs de la Medulla Oblongata et de zigotes. Pourquoi a-t-il intégré ces mots dans sa traduction ?

Le Dr Bucaille ne l'a-t-il pas compris ? Ces traducteurs sont des hommes de sciences dans leur domaine, celui des mots, et ils n'ont pas trouvé de raisons linguistiques valables pour changer la signification de ces mots dans les versets considérés. Ils se sont comportés en traducteurs honnêtes qui n'ignorent pas la science.

Le Dr Bucaille affirme que leurs traductions sont « à peine compréhensibles ». Je ne partage pas ce jugement. Leurs traductions sont très compréhensibles et très correctes. Elles reflètent les problèmes scientifiques qui se trouvent dans l'original arabe.

De plus, le problème que posent ces versets n'est pas le même que celui soulevé dans la section précédente à propos de l'expression

« vague sur vague » qui avait un sens tout à fait valable pour un arabe du 7e siècle vivant à la Mecque ou à Médine et à laquelle il est possible d'ajouter une explication scientifique moderne. Dans le cas qui nous occupe présentement, l'expression traduit une compréhension erronée d'un fait scientifique, et ce, depuis l'origine de la Sourate.

Nous l'avons déjà clairement souligné dans le premier chapitre : la seule manière d'établir le sens d'un mot consiste à examiner son emploi par l'usage. La seule façon d'établir que tarr~'ib peut désigner « la région génitale de la femme » ou que le singulier `alaqa exprime « la chose qui s'accroche » consiste à montrer, par des phrases tirées de la littérature arabe de la Mecque et de Médine contemporaine de Muhammad, et plus particulièrement dans la langue des Quraychites, « la langue claire arabe » , que ces mots avaient le sens qu'on veut leur attribuer aujourd'hui.

Ce n'est pas une tâche aisée, pour la simple raison que de nombreux travaux ont déjà été effectués sur cette « claire langue arabe » des Quraychites. Très tôt les musulmans ont éprouvé intuitivement le besoin de savoir exactement ce que signifiaient les mots quraychites ; c'est pourquoi ils ont procédé à une étude complète de cette langue et de sa poésie.

Le grand historien Ibn Khaldun a pu écrire :

« Sachez que le Coran est descendu dans la langue des arabes et conformément à leur style et a leur éloquence ; tous l'ont compris et ont saisi les diverses significations de ses différentes parties et leurs liens les unes avec les autres. » 20
Ce témoignage que « tous » les arabes ont compris le Coran est sans doute une exagération due à l'enthousiasme, comme nous en commettons tous ; mais elle est néanmoins plus proche de la vérité que l'affirmation du Dr Bucaille selon laquelle personne n'avait compris le Coran jusqu'à nos jours.

Hamza Boubakeur, l'ancien recteur de la mosquée principale de Paris a abordé ce sujet lors d'un colloque sur le Dieu unique, tenu à Montpellier le 6 mai 1985. Il posa la question rhétorique suivante à son auditoire :

« La compréhension du texte du Coran est-elle demeurée stable depuis l'époque de Muhammad jusqu'à maintenant ? »
Sa réponse fut la suivante :

« La poésie ancienne atteste la stabilité sémantique ».
Nous en concluons que si les versets qui procurent un bien-être spirituel et une espérance aux musulmans ont conservé un sens stable, alors les affirmations scientifiques incluses dans ces versets ont également gardé une signification stable, sauf si on nous fournit les preuves du contraire.

Lorsque le Dr Bucaille et les autres apologistes montreront, avec citations à l'appui, que les mots controversés avaient, au premier siècle de l'Hégire, le sens qu'ils leur attribuent aujourd'hui, alors, sans aucun doute, tous les traducteurs, musulmans ou non, les suivront dans leurs conclusions. Mais enattendant cette preuve, nous constatons qu'il existe des problèmes d'ordre scientifique dans le Coran.

7. La durée de la gestation
La durée de l'allaitement est préconisée dans la Sourate 31.14, dite Luqmân, de la période mecquoise tardive :

« Et Nous enjoignons à l'homme au sujet de ses parents, - car sa mère le porte, fragilité sur fragilité, et sevrage au bout de deux ans -, ceci : Sois-Moi reconnaissant, ainsi qu'à tes parents. »
Ailleurs, dans la Sourate de la Vache (AI Baqara) 2.233, de l'an 2 de l'Hégire il est dit :

« Et les mères, pour qui veut donner un allaitement complet, allaiteront deux ans pleins. »
La Sourate AI-Ahqâf 46.15, de la période mecquoise tardive déclare :

« Et Nous avons enjoint à l'homme la bienfaisance envers ses père et mère : sa mère l'a péniblement porté et péniblement accouché ; et grossesse et sevrage ont été de trente mois... »
Nous ne voyons aucun problème au commandement d'allaiter pendant 24 mois, si cela est possible. Après tant d'années au cours desquelles les médecins ont encouragé le biberon, on assiste à un retour à l'allaitement maternel jugé par les mêmes médecins comme préférable et offrant au nourrisson une alimentation riche en protéines, ce qui n'est négligeable ni dans les pays développés, encore moins dans ceux en voie de développement où la nutrition de l'enfant est une question de vie ou de mort.

Mais le troisième verset, qui indique une durée totale de 30 mois pour la gestation et l'allaitement, soulève une difficulté. En effet, si on retranche 24 mois des 30, il ne reste plus que 6 mois pour la durée de gestation. Or nous savons bien qu'une grossesse normale dure 9 mois. Yusuf Ali a été conscient de la difficulté. C'est pourquoi il propose une note qui précise que « six mois constituent le minimum pour une gestation humaine, au terme de laquelle l'enfant est considéré viable. Ceci est en accord avec les plus récentes données scientifiques. » 21 (Le mot en italique figure ainsi dans la note.)

Le lecteur pourra se satisfaire de ce présupposé, mais le verset poursuit :

« ... puis quand il a atteint ses pleines forces, et atteint quarante ans, il a dit : « O Seigneur, dispose-moi, pour que je rende grâces du bienfait dont Tu m'as comblé... Oui je me repens à Toi, oui, et je suis du nombre des Soumis. »

Ce chiffre de 40 ans semble s'appliquer à tout homme, et n'émet pas de réserves sous prétexte de circonstances particulières. Si l'ordre d'allaiter durant 24 mois désigne une période normale, et si l'âge de 40 ans qu'atteint l'homme est également en chiffre normal, alors nous pouvons nous attendre à ce que la durée de temps précisée dans la première partie de ce verset s'applique à la durée normale d'une grossesse et non à un cas particulier, qui serait celui d'une anomalie.

8. Caractères hérités et caractères acquis
a. Génétique et nourrices
Autrefois, dans de nombreuses cultures on croyait que ce que la mère voyait ou faisait pouvait avoir une incidence sur l'enfant qu'elle portait. Ainsi, il y a 100 ans à peine, les Américains croyaient que si une femme enceinte apercevait un lapin, son enfant naîtrait avec la lèvre supérieure fendue. C'est ce qu'on appelle toujours, même dans des ouvrages sérieux de médecine, un bec de lièvre.

II semble que le Coran se fasse l'écho de telles conceptions. Dans la Sourate des Femmes (A1 Nisâ' ) 4.23, de 5-6 de l'Hégire, on trouve une longue liste de femmes qu'il est interdit d'épouser, entre autres :

« Mères qui vous ont allaités, soeurs de lait... les femmes avec qui vos fils nés de vos reins ont consommé le mariage... » (par opposition aux femmes des fils adoptés que l'homme peut épouser légalement, selon la Sourate 33.37).
Il est parfaitement clair que selon la connaissance scientifique que le Dr Bucaille qualifie de « sûre » les caractères héréditaires ne se transmettent que par les gènes reçus de notre père et de notre mère biologiques. Il n'existe aucun autre moyen. Aucun caractère héréditaire ne se transmet par le lait d'une nourrice. Il n'existe aucun lien de quelque nature que ce soit entre un garçon allaité par une nourrice et la propre fille de cette nourrice. Il n'existe donc aucune raison scientifique pour interdire leur mariage.

Nous pourrions tout au plus songer à une question d'honneur pour la nourrice, mais cela ne semble pas avoir été la préoccupation du texte coranique. C'est plutôt la pensée que l'allaitement crée un lien de parenté réel qui est sous jacente au verset mentionné. Bukhari, commentant le verset 4.23, cite une phrase de Muhammad à Aisha : « L'allaitement entraîne la même interdiction que l'enfantement » 22. Par conséquent le Coran interdit le mariage avec des soeurs de lait, mais il permet à ces soeurs de lait de ne pas se voiler lorsqu'elles reçoivent la visite de leurs frères de lait, au même titre que s'ils étaient leurs vrais frères. Dieu est certes libre d'ordonner ce qu'il veut, mais cela ne reflète certainement pas les connaissances génétiques modernes.

b. Génétique et chèvres tachetées dans la Torah-Ancien Testament
Dans la Torah, Genèse 30.32-31.13 nous avons l'étrange récit de Jacob, le petit-fils d'Abraham, qui partageait la croyance non-scientifique de pouvoir influencer la couleur des agneaux et des chevreaux en fonction de ce que les mères voyaient.

Laban, son beau-père avait demandé à Jacob de prendre soin de ses troupeaux et lui avait accordé le salaire correspondant. Jacob proposa à Laban de prendre pour lui les chèvres et les brebis tachetées. Puis Jacob devait garder les bêtes colorées et son salaire serait les agneaux et les chevreaux tachetés ou marquetés. Laban aquiesça et sépara les bêtes tachetées et marquetées qu'il prit pour lui, laissant à Jacob celles qui étaient foncées.

Mais Jacob avait une arrière-pensée : il voulait agir sur la couleur des agneaux et des chevreaux à naître.

« Jacob prit des branches vertes de peuplier, d'amandier et de platane ; il y pela des bandes blanches, mettant à nu le blanc qui était sur les branches. Puis il plaça les branches qu'il avait pelées, dans les auges, dans les abreuvoirs, où venait boire le petit bétail, juste en face des bêtes qui entraient en chaleur en venant boire. »
Jacob croyait qu'en exposant à la vue des bêtes en chaleur des branches rayées, il obtiendrait que les chèvres et les brebis mettraient bas des petits rayés ou tachetés. Nos expériences génétiques modernes nous apprennent que cela n'est pas possible : on ne peut acquérir les caractères héréditaires. (Cela signifie que vous ne pouvez pas naître avec un bec de lièvre ou une gueule de loup simplement parce que votre mère a aperçu un lièvre). Jacob était dans l'erreur.

Mais le Dieu d'Abraham et d'Isaac ne permit pas à Jacob de persister dans cette croyance erronée qui jetait le discrédit sur le Créateur. C'est pourquoi, dans un rêve, il révèle à Jacob la véritable raison de la naissance des petits tachetés et rayés. Ce rêve, Jacob le raconta à ses femmes en ces termes :

« Au temps où les bêtes entraient en chaleur j'ai levé les yeux et vu en songe que les mâles qui couvraient les femelles étaient rayés, tachetés et mouchetés. L'ange de Dieu m'a dit en songe : Jacob !
J'ai répondu : Me voici !
Il a dit : Lève les yeux et regarde : tous les mâles qui couvrent les femelles sont rayés, tachetés et mouchetés ; car j'ai vu tout ce que Laban t'a fait. Je suis le Dieu de Béthel, où tu as oint une stèle, où tu m'as fait un voeu. Maintenant lève-toi, quitte ce pays et retourne au pays de ta naissance. »
Pour comprendre comment Dieu a opéré ce miracle, il faut savoir que les taches, comme la couleur bleue des yeux chez les humains, constituent un caractère récessif chez les animaux. En d'autres termes, dans les conditions normales de brassage des animaux, 25 % des chèvres auraient été homozygotes (possédant deux gènes similaires) quant à la couleur dominante ; 25 % auraient été homozygotes pour le caractère récessif, et par conséquent auraient été tachetées et rayées ; 50 % auraient été hétérozygotes, avec un gène relatif à la couleur unie et un gène relatif aux rayures ou à la moucheture. Ces 50 % auraient donc possédé la couleur unie puisque le gène correspondant est dominant par rapport au gène des tachetés ou mouchetés, qui est, lui, récessif. L'accouplement normal, selon les lois du hasard entre des béliers et des brebis (25 %, 50 %, 25 %) donne 25 % de petits tachetés.

Quand Laban eut mis à part pour lui les 25 % de bêtes tachetées, il laissait à Jacob un troupeau comportant 33 % de chèvres de couleur pure uniforme et 67 % de chèvres hétérozygotes. Normalement Jacob aurait donc du avoir dans son troupeau 16,75 % de petits tachetés. Il aurait donc été trompé par son propre marchandage. C'est pourquoi Dieu intervint de sorte que tous les accouplements se fassent avec des mâles tachetés (homozygotes-récessifs).

Au terme de la première portée la moitié des petits nés des 67 % de femelles hétérozygotes auraient été tachetés. Par conséquent 33 % du nombre total des petits nés dans le troupeau auraient été tachetés et seraient revenus de droit à Jacob.

A plus longue échéance, tous les petits, d'une seule couleur, seraient devenus hétérozygotes avec le caractère récessif hérité des béliers qui leur auraient donné naissance. Cela aurait accru le nombre des femelles hétérozygotes à 75 % du total l'année suivante ; finalement la moitié des petits nés dans le troupeau auraient été tachetés, ce qui doublait le salaire de Jacob.

Ainsi donc le récit biblique, qui date de 1700 ans av. J.-C., est en parfaite harmonie avec nos connaissances en matière de génétique, même s'il présente les idées erronées de Jacob.

9. Autres problèmes
Nous pourrions poursuivre en évoquant d'autres problèmes, tel que celui que soulève la Sourate des Abeilles (Al-Nah1 ) 16.66, de la période mecquoise tardive. Nous y lisons :

« Certes oui, il y a de quoi réfléchir pour vous dans les bêtes : de ce qui est dans leurs ventres (butün ) parmi l'excrément et le sang, Nous vous faisons boire un lait pur, au boire facile aux buveurs. »
Comment comprendre que le lait provienne de « parmi les excréments et le sang » ?

Un peu plus loin, dans la même Sourate, nous lisons :

« De leurs (abeilles) ventres (butün ) une liqueur sort, aux couleurs variées (miel) où il y a de la guérison pour les gens. »
A nouveau, le miel sort-il vraiment de l'abdomen des abeilles ? Et quelles maladies guérit-il ?

Dans le même ordre d'idées relevons encore le verset 38 de la Sourate des Bestiaux, de la période mecquoise tardive :

« Nul être marchant sur la terre, nulle volaille volant de ses ailes, qui ne soient comme vous en communautés... »
Que signifie l'expression « en communautés comme vous » ? Le Dr Bucaille pense aux abeilles 23. Chacun sait effectivement que les abeilles vivent en communautés. Mais que dire de certaines araignées dont la femelle dévore le mâle après l'accouplement ? Est-ce cela vivre en communauté ? Comme moi ? Comme vous ?

Mentionnons encore l'affirmation de la Sourate du Discernement (Al-Furqân) 25.45-46, de la période mecquoise primitive :

« N'as-tu pas vu ton Seigneur, comme Il étire l'ombre ? S'il l'avait voulu, certes, Il l'aurait faite immobile. Puis Nous lui avons assigné le soleil pour indicateur. »
Le soleil se meut-il pour indiquer à l'ombre la direction qu'elle doit prendre ? On nous a appris à l'école que c'est la rotation de la terre qui provoque le raccourcissement de l'ombre !

L'argumentation du Dr Bucaille sur ces versets n'est pas très convaincante, mais nous ne pouvons pas tout examiner en détail.

Abordons encore un point important dans cette section.

10. Musulmans au cercle polaire et musulmans astronautes.
Ce dernier aspect que je vais aborder maintenant est complètement omis du Coran. Cela pourrait paraître prétentieux de ma part, mais le lecteur saisira mieux ma pensée dans les lignes qui suivent.

Le Coran s'affirme comme guide et lumière pour tout le monde, et cependant j'ose affirmer que, logiquement, aucune personne qui vit au nord du cercle polaire ne peut être musulmane !

« C'est faux ! » me répondrez-vous. « N'importe qui peut devenir musulman. Ce qui lui est demandé, c'est de croire et de réciter la shahada - la confession de foi. »

« Faux ! » répondrais je. « Il doit respecter le Ramadan, ce qui le conduit immanquablement à mourir de faim, durant l'été arctique ! En effet, aucun coucher de soleil ne vient marquer la fin du jeûne. Il devra attendre des semaines et des semaines avant d'assister à un coucher de soleil ! Il a largement le temps de mourir de faim. »

« Qu'à cela ne tienne », reprendrez-vous. « Qu'il jeûne en tenant compte de l'horaire des musulmans de Stockholm ou de La Mecque. »

C'est effectivement une solution. Mais beaucoup de musulmans n'acceptent pas ce mode original de penser. Chaque année règne au Maroc une grande incertitude : la nouvelle lune qui met fin au Ramadan sera-t-elle vue le 29e ou le 30° jour du mois lunaire ? Cela pose la question d'un jour de jeûne supplémentaire éventuel. Mais il y a bien d'autres conséquences possibles, telle que l'impossibilité de réserver sa place sur un vol, à cause de l'ignorance du point de départ du premier jour de vacances, etc.

En face de ce problème qui se répète chaque année, je dis un jour à un ami : « Nous sommes au 20° siècle et il nous est facile de connaître d'avance les phases de la lune. Pourquoi ne le faites-vous pas ? Vous mettriez ainsi fin à cette incertitude pesante ! »

Il me répondit : « Nous ne le pouvons pas car le Coran déclare : quiconque d'entre vous verra (personnellement) la nouvelle lune... » et il désigna clairement ses yeux pour bien souligner que l'homme doit voir la lune, personnellement.24

Les Tunisiens se fient aux calculs astronomiques pour fixer leur période de jeûne. Et si des Lapons se tournaient vers l'Islam, il faudrait bien prendre des décisions pour leur faire savoir quand ils devront débuter leur jeûne et comment ils devront jeûner.

Un second cas de difficulté analogue a surgi avec le voyage dans l'espace, d'un astronaute d'Arabie Saoudite. A 200 km d'altitude, la navette spaciale a une vitesse de 29 000 km/h. Elle fait donc le tour de la terre en 90 minutes.

Sur les 18 révolutions quotidiennes autour de la terre, comportant chacune un lever et un coucher de soleil, quelle entrée dans l'ombre détermine la prière du « coucher du soleil » ? Et comment l'astronaute peut-il se tourner en direction de La Mecque, en dehors du bref passage à la verticale de cette ville, sachant que l'angle de la navette change continuellement, même pendant les quelques minutes nécessaires aux quatre rak`as de la prière ?

Les responsables religieux de l'Arabie Saoudite décidèrent que leur astronaute devait lier ses pieds au sol de la cabine spaciale et prier trois fois par jour. C'était une décision parfaitement logique, mais remarquons néanmoins que nulle part le Coran ne prévoyait cela.

Si je mentionne ces situations, c'est essentiellement parce que le Dr Bucaille consacre deux pages de son livre à une discussion du petit mot « si ». Il propose de voir dans le « si » de la Sourate du Très Miséricordieux (A1-Rahman) 55.33 un sens prophétique car il entrouvre une « possibilité » de conquête de l'espace25 .Mais cette déduction n'est rien comparée aux problèmes que peut se poser l'astronaute qui désire suivre les règles de l'Islam et prier en direction de La Mecque au cours des révolutions du vaisseau spatial, ou aux problèmes qui assaillent les Lapons devenus musulmans, en quête des heures du jeûne du Ramadan, dans les régions situées au nord du cercle polaire. Si le Coran nous donnait des réponses à ces questions du 20° siècle, alors nous pourrions parler d'une connaissance prophétique du Coran. La Bible nous fournit des exemples de prophéties détaillées et nous en examinerons quelques-uns dans les chapitres ultérieurs.





EST-CE QUE RÉELLEMENT LA TORA* REND
TÉMOIGNAGE DE MAHOMET

http://debate.org.uk/gesu-corano/francese/t1_f.htm

EST-IL VRAI QUE L’EVANGILE TEMOIGNE DE MAHOMET?

http://debate.org.uk/gesu-corano/francese/t2_f.htm

 
   
 

islam sans voile http://www.jesus-islam.com/islam/sansvoile/index.htm